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La psychologie des accusés : s’accoutumer à la violence inhumaine, la chronique judiciaire de Michel Zerbib

Dans le public, si les parties civiles ont des hauts le cœur et on entend parfois une petite bronca réprobatrice, ces individus ne veulent pas se dédire. Ils ne peuvent pas revenir en arrière. Ces hommes, aux existences médiocres se sont enfermés volontairement dans une prison.

Alors oui on s’essaye à la psychologie pour tenter de comprendre en observant et écoutant ces hommes dans le box. Comment s’accoutumer à la barbarie qui est la condition pour le passage à l’acte ? On a des éléments de compréhension à l’évocation du dossier.

Ainsi en visionnant à la chaîne les vidéos abominables mises en ligne par Daech, les terroristes se sont assurément habitués à la barbarie. Ces fumeurs de joints sont devenus addicts à cette violence inouïe.

Les psychiatres affirment qu’ils ont accompli ce travail psychique nécessaire au passage à l’acte. Les spécialistes des crimes de masse diraient qu’ils sont devenus des hommes systèmes, c’est-à-dire qu’ils pensent et se comportent de manière analogique à la théorie du système qui les a produits.

Dans ce système idéologique lobotomisant, il n’y a plus de libre arbitre, pas la moindre once d’empathie pour les kouffar (mécréants). Ces Daeschiens récitent la même leçon et semblent donc interchangeables.

Mais n’oublions pas d’ou ils viennent : de la petite et moyenne délinquance d’abord . Acculés par la cour ils montrent ce double visage à la cour . Leurs passés de voyous , ces soldats de l’islam ,voudraient l’occulter. Ce passé et leurs réflexes remontent à la surface à la barre. Ils sont moins fringants. Il se disent rigoureux sur leur pratique religieuse mais se comportent comme des petites frappes lorsqu’ils sont confrontés à des éléments accusatoires matériels accablants. Abrini « Je vais sûrement prendre perpétuité ici, Après je serai jugé en Belgique et je prendrai encore perpétuité. Je ne vois pas pourquoi je vous mentirais. » Certes .

Mais en réalité Abrini ne gagnerait rien à révéler une vérité qui impliquerait sans doute la plupart des co-accusés dans le box. Alors Mohamed Abrini livrera des réponses farfelues et ne mettra en cause que sa personne lorsqu’il est interrogé sur son itinéraire qui, en juillet 2015, le conduit de Molenbeek à Raqqa, puis à Londres, Manchester et Birmingham.

Abrini est missionné par son ami d’enfance Abdelhamid Abaaoud – l’un des organisateurs des attentats et des tueurs des terrasses parisiennes – pour aller récupérer une somme d’argent (3000 livres britanniques, à l’en croire) dont il refuse de dire ce qu’elle est devenue. Abrini habite à Bruxelles mais regagne l’ Europe en passant par Paris ; il est incapable d’expliquer ce qu’il venait y faire quatre mois avant le grand massacre de novembre.

On essayera d’être optimiste mais restons encore sur le témoignage d’Abrini. Prenons par exemple les interrogations sur sa téléphonie, qui démontre des liens étroits avec plusieurs protagonistes du dossier, il ne souvient plus: « Je me souviens plus. Vous pouvez me poser toutes les questions que vous voulez là-dessus, je peux pas vous répondre. »

Et même Abrini redevient le délinquant zonard de sa vie d’avant quand il est poussé dans ses retranchements: « Vous me dégoûtez », « ça me casse les c… », « vous avez Alzheimer ou quoi? ». Oui les laveurs de cerveau de l’Etat Islamique n’avaient sans doute pas imaginé que lui-même et ses complices devraient un jour répondre des crimes commis au nom de Daesh. Tous ces terroristes auraient du finir en Shahid ( martys), comme Brahim Abdeslam (frère de Salah) ou les pogromistes du Bataclan. Aux assises , ils ne sont plus que des petites frappes même si le silence d’un Krayem peut toujours être effrayant .

Si ce procès peut se révéler décevant sur les faits et la vérité judiciaire, il nous permet néanmoins d’en apprendre sur le processus de déshumanisation mis au point par Daech et sa terrifiante efficacité. C’est déjà ca. En attendant mieux.

Michel Zerbib