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Attention aux liens entre cancers et alcool… même à faibles doses, la chronique du docteur Serge Rafal

Je voulais profiter de ce mois souhaité sans alcool pour revenir sur les conclusions d’une étude diligentée par le CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer), publiée dans la grande revue « The Lancet Oncology » qui nous explique qu’une consommation d’alcool, égale ou inférieure à 20 g par jour, était responsable d’un cancer sur 7.

Effectivement, nous déplorons autour de 750 000 nouveaux cas de cancers par an, dont beaucoup sont liés à une consommation excessive d’alcool et 4% à une consommation modérée (moins de 2 verres par jour). L’alcool, rappelons-le est classé depuis 1988 par le CIRC comme un cancérigène avéré. 7 cancers peuvent lui être en partie ou totalement imputés, de haut en bas anatomiquement : la bouche, le pharynx, le larynx, l’œsophage, le sein (chez la femme), le foie, le côlon. Les 3 plus fréquents sont l’œsophage (près de 200 000 cas/an), le foie (un peu plus de 150 000), le sein (autour de 100 000). Notons ici que 20% de ces cancers se dppent chez des hommes buvant moins de 40 g par jour ou des femmes en absorbant moins de 20g.

A quoi correspond 10g d’alcool ? C’est au choix : 1 ballon de 10 cl de rouge, un demi (25 cl) de bière à 5°, 1 coupe de champagne, un apéro de 7 cl, 1 pastis de 2,5 cl, 1 whisky de 2,5 cl.

Les recommandations santé actuelles : – Ne pas consommer plus de 10 verres par semaine, – Ne jamais dépasser 2 verres par jour et encore pas tous les jours, – Ne pas inciter les plus sobres à boire. L’enquête nous apprend que les jeunes (18-24 ans) consomment plus de 2 verres par jour, fort heureusement très occasionnellement. Attention toutefois chez eux au « binge-drinking » ou « biture express », qui reste généralement hebdomadaire. Notons que 80% des 65-75 ans consomment moins de boissons alcoolisées mais plus souvent, 1/3 reconnaissent d’ailleurs boire tous les jours. Sans surprise, les hommes ont une consommation à risque, plus du double de celle des dames, 33% contre 15%. Et contrairement à certaines idées reçues, les personnes les plus diplômées, les plus informées, aux revenus les plus élevés, sont les plus concernées, à l’inverse de ce que l’on constate avec le tabac. Elles sont parfaitement conscientes des risques qu’elles prennent et pensent ou espèrent y échapper. Et la crise sanitaire est intervenue sur les comportements, dont l’alcool, puisque 1 Français sur 5, estime boire davantage maintenant qu’avant. 

L’alcool est responsable d’autres maladies que le cancer : l’HTA, les AVC, les troubles du rythme cardiaque voient leur risque d’apparition ou d’aggravation augmenter dès la prise de 10g/jour.

Bien entendu j’insiste sur la modération car le risque augmente dès le premier verre ingéré alors que nous médecins avons longtemps conseillé 3 verres de vin rouge par jour pour les hommes et 2 verres pour les femmes ! ah les lobbies ! L’alcool n’est pas de l’eau, ne désaltère pas, donne plutôt soif, s’avère très vite toxique non seulement pour le foie mais aussi pour la santé en général. Les conseils de tempérance ne doivent surtout pas rester un simple mantra, ânonné sans conviction après une pub qui vante une boisson alcoolisée. Ils doivent juste convier à une abstinence plus ou moins totale, sans brusquer, culpabiliser, ni démotiver le buveur.

L’alcoolisme est une vraie maladie avec sa souffrance et ses conséquences graves pour la santé, c’est le 2ème facteur de risque de cancer évitable en France, responsable de 41 000 décès par an. L’alcoolique est un malade qu’il faut convaincre de se soigner, pas un simple jouisseur qui profite bien de la vie. Un verre de bon vin assis entre amis oui, une cuite debout au comptoir non.

Docteur Serge Rafal