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Affaire NSO à l’israélienne

Depuis son indépendance et même avant, l’Etat d’Israël avait compris l’importance vitale du renseignement pour sa sécurité. Et dans la lutte sans répit contre le terrorisme, de nombreux attentats ont pu être évités, quand les bonnes informations étaient parvenues à temps. Avec le temps, ces surveillances sont devenues de plus en plus technologiques. Et quand le Shin Beth, les services de sécurité intérieure, annonce avoir déjoué une attaque ou démantelé un réseau terroriste, « sur la base de renseignements », on sait en Israël qu’il ne s’agit pas seulement d’interrogatoires, de filatures ou d’infiltrations, mais aussi de ce que l’on appelle du « SIGINT », ou intelligence électromagnétique, autrement dit la collecte d’informations axée sur les écoutes téléphoniques et des communications internet des ordinateurs ou des smartphones. Mais même quand il s’agit de surveiller des terroristes palestiniens, le Shin Beth doit obtenir l’autorisation du parquet. Alors quand il s’agit de la police qui doit surveiller des citoyens israéliens, les règles sont encore plus strictes. Il faut justifier le recours à la surveillance électronique, essentiellement dans les cas de criminalité organisée, trafic de drogue ou trafic humain, et c’est le président du Tribunal de District qui délivre l’autorisation après examen du dossier. En moyenne, 3.000 autorisations de ce type sont accordées chaque année.

Jusqu’à présent, cet aspect du travail de police n’intéressait pas vraiment les Israéliens. En tout cas jusqu’à la publication, il y a trois jours, d’un article du quotidien Calcalist. Le journaliste y révèle que la police israélienne utiliserait depuis plusieurs années le logiciel Pegasus développé par la société NSO, pour traquer le contenu de téléphones cellulaires de suspects, et pas toujours avec l’autorisation du tribunal. Le journaliste mentionne plusieurs cas d’activistes qui avaient organisé les manifestations appelant à la démission de Benyamin Netanyahou, de militants anti Gay Pride, d’élus municipaux soupçonnés de corruption, et même de l’ancien Premier ministre israélien. La police a démenti les révélations du journaliste, assurant qu’elle n’avait jamais utilisé le logiciel espion autrement que pour des enquêtes criminelles et jamais sans avoir obtenu une ordonnance du tribunal.

Mais les dénégations des officiers de police et de leur ministre de tutelle n’ont pas convaincu. Le logiciel Pegasus a effectivement été acheté à NSO par la police israélienne en 2013, et elle aurait apparemment commencé à l’utiliser sans toujours en référer préalablement aux autorités judiciaires. Ce qui s’explique en partie par la nouveauté de la technologie qui n’était pas encore familière et qui n’entrait pas tout à fait dans la catégorie des écoutes téléphoniques traditionnelles. C’est peut-être aussi le précédent commandant de la police,  Roni Alsheikh, un ancien officier du Shin Beth, qui a introduit dans la police des pratiques des services de renseignements. Le Contrôleur de l’Etat a annoncé qu’il allait diligenter un audit, le ministre de la Sureté et son collègue de la Justice ont également indiqué qu’ils allaient mener une enquête dans leurs services respectifs. Et la Knesset s’est emparée de l’affaire et devrait y consacrer une séance dans les prochains jours.

A l’heure où l’essentiel des communications sociales et privées passe par les smartphones, les Israéliens s’inquiètent que leur propre technologie puisse se retourner contre eux. Et attendent des garanties que la surveillance reste bien limitée aux vraies menaces.

Pascale Zonszain