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Un soldat de Daesh, kamikaze « malgré lui », la chronique judiciaire de Michel Zerbib

L’individu, lui, parle (contrairement à Krayem). Il s’exprime tantôt en français, tantôt en arabe. Cheveux ras, lunettes, chemise blanche, Adel Haddadi, 34 ans, a quitté son pays le 15 février 2015, direction la Turquie, puis la Syrie, avant de revenir vers l’Europe avec d’autres, à l’automne 2015. 

Deux jours après avoir franchi la frontière turco-syrienne, l’Algérien a été arrêté en Grèce le 3 octobre 2015 avec trois autres hommes : le pakistanais Muhammad Usman (accusé dans le box) et les deux Irakiens Ahmad el Mohammad et Mohamad Alhmamod. Les deux premiers seront maintenus en détention sur l’île de Kos pendant un mois . 

Entre temps, les deux autres, qui n’ont pas de problèmes en Grèce, poursuivent leur route avant de se faire exploser le 13-Novembre devant le Stade de France.  Adel Haddadi reconnait « qu’une mission suicide » lui avait été confiée comme aux trois autres par Oussama Atar, commanditaire des attentats de Paris, qu’il a rencontré en Syrie.  

« Mes projets, ma vie, c’était tout le temps la même chose. Je n’avais aucun moyen d’avancer. Y’a rien qui marchait, mon quartier, mes problèmes. » Il cite aussi « l’humanitaire » comme motivation. Il était en Algérie .

Sur les sept mois passés sur zone chez Daesh – deux dans la ville frontière d’Al rai, le reste, à Raqqa – Adel Haddadi jure n’avoir fait qu’une semaine d’entrainement militaire et religieux. Le reste du temps il affirme avoir été « cuisinier » dans les deux maisons où il a été hébergé. 

Le président Peries pose la question qui s’impose : « Pourquoi Oussama Atar vous choisit pour une mission suicide ? Vous dites être allé en Syrie faire de l’humanitaire, que vous passez deux mois dans une maison à faire de la cuisine. Pourquoi vous, alors que c’est une mission capitale pour l’État islamique ? ». « Peut-être aussi il avait compris que je pouvais pas dire non, je pense que c’est ça… » Pourquoi ne pouvait-il pas refuser ? « Tout ce qu’on me demandait… j’étais quelqu’un de serviable », répond l’accusé. « Enfin, être serviable et commettre un attentat, ça n’est pas pareil ! », rétorque indigné le président.

Adel Haddadi a eu « peur des représailles de l’État islamique » s’il refusait la mission. Il dit n’avoir eu aucuns détails. Oussama Atar le considère pourtant comme un homme de confiance. Il lui donne un téléphone, lui fait envoyer de l’argent, et reste en contact avec lui, même après son arrestation à Salzbourg, en lui envoyant des messages que retrouveront les enquêteurs autrichiens.

Le 11 et le 15 décembre 2015, le commanditaire des attentats de Paris envoie plusieurs SMS à Adel Haddadi : « Oui mais pas encore …le médicament n’est pas bon…tu sais » …et toi chéri comment tu vas…qu’est-ce que tu deviens ».

L’avocate générale lui demande pourquoi il n’a pas cessé le contact alors qu’il n’avait plus rien à craindre. En fait, poursuit elle « le ‘médicament n’est pas bon’ ça fait penser un peu à un code : ‘reste un peu à  Salzbourg, attend que la situation se calme’ Autrement dit, resté dans une mission terroriste à venir.

Dès le début de l’interrogatoire – il est le troisième accusé du 13-Novembre à être interrogé cette semaine par la cour d’assises spéciale de Paris –, on comprend que ses réponses vont être difficiles à croire. Mais qu’il continuera à s’empêtrer dans des explications filandreuses et même délirantes.

Le correspondant « Abou Ali » n’a jamais été retrouvé sur le compte Facebook d’Haddadi, où les enquêteurs ont relevé la publication de vidéos d’exactions et le nom d’un certain « Abou Jihad le Tchétchène » comme ami. L’accusé persiste dans sa version de l’homme qui l’aurait entrainé dans cette folie.

Sylvie Topaloff, avocat de parties civiles, demande à l’accusé algérien , n’oublions pas, lui demande ce qu’il pense du GIA. « C’est un groupe terroriste en Algérie. Je suis contre. » « Comme vous êtes aujourd’hui contre Daech », poursuit l’avocate. « Ouais je suis contre », reprend l’accusé qui semble plus vieux que son âge avec son crâne dégarni et son embonpoint.

« Donc vous condamnez les attentats qui ont été commis à Paris ? ». « Je condamne tous les actes de violences dans le monde », assure Adel Haddadi.

« Finalement heureusement que vous avez été arrêté avant », conclue l’avocate. « J’ai fait des fautes, je suis là pour prendre une peine, être condamné, mais j’accepte ça », reconnait humblement l’accusé. 

Son récit n’aura jamais tenu debout car les kamikazes envoyés en Europe sont tous des combattants surentraînés. Les deux du Stade de France – qui faisaient partie des trois personnes désignées en même temps qu’Haddadi – exécutent des prisonniers face caméra dans la vidéo de revendications du 13-Novembre. Tous les terroristes de Paris avaient DEJA tué en Syrie.

Haddadi et son binôme, un Pakistanais qui est assis, lui aussi, sur le banc des accusés, n’accompliront pas leur « mission « . Ils sont arrêtés à leur arrivée en Grèce avec de faux passeports syriens. Libérés le 28 octobre, ils n’auront pas le temps de rejoindre Paris avant le 13 novembre.

L’enquête n’a pas permis de déterminer quelle était la cible assignée à Adel Haddadi après son loupé du 13-Novembre. Son interrogatoire n’a pas permis de lever le mystère.

En fin d’audience son avocate, Léa Dordilly, va lui demander aussi s’il « assume une responsabilité ». Il dit oui avec la tête. « J’ai suivi des gens qui ont fait des crimes en France qui ont tué des innocents. J’ai rejoint ces gens. »

Poursuivi pour participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle, Adel Haddadi encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Michel Zerbib