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Les Bédouins, les arbres et la coalition

Tout est parti d’un contentieux foncier qui oppose depuis des années une tribu bédouine du Néguev au Keren Kayemet LeIsraël. La famille revendique la propriété d’un terrain pourtant enregistré comme terre d’Etat. Dans le cadre de son entreprise de reforestation, le KKL avait prévu de commencer lundi la plantation d’arbres sur le site, déclenchant la colère d’habitants bédouins et d’élus arabes israéliens. A l’arrivée des équipes du KKL, sous protection policière, la situation a rapidement dégénéré en violence. Les incidents se sont poursuivis mardi et mercredi matin, avec des jets de pierre, l’incendie de la voiture d’un journaliste et le blocage d’une voie ferrée où un accident a été évité de justesse, entrainant une trentaine d’arrestations.

Mais surtout, l’affaire est très vite devenue politique. Le parti islamiste Ra’am, membre de la majorité, a une importante représentation dans la communauté bédouine du Néguev. Et c’est la Liste Arabe conjointe, le parti rival d’opposition qui a fait monter la tension en se rendant sur les lieux, obligeant le parti islamiste à entrer à son tour dans la boucle. Mardi, Mansour Abbas adressait un ultimatum au gouvernement : tant que la plantation d’arbres ne serait pas arrêtée, son parti ferait la grève du vote. Un scénario catastrophe pour Naftali Bennett, dont la majorité à la Knesset ne tient qu’à une seule voix et qui ne peut donc se permettre de renoncer aux quatre députés du parti Ra’am. Si le Premier ministre pouvait retirer les projets de la loi de la majorité de l’ordre du jour, en revanche, il ne pouvait empêcher l’opposition de faire avancer ses propres textes. D’autant que le Likoud s’était lui aussi engouffré dans la brèche, en accusant le gouvernement d’abandonner la souveraineté d’Israël sur le Néguev et de l’avoir « vendu » aux islamistes du Ra’am.

Si l’affaire ne s’est pas encore tout à fait apaisée, elle vient mettre une nouvelle fois en relief la fragilité de la coalition israélienne et sa recherche permanente de compromis pour se maintenir et pour avancer. Et le défi ne se pose pas seulement à Naftali Bennett. Car il est au moins aussi complexe pour Mansour Abbas. Les conflits entre les Bédouins et l’Etat sur la propriété de terrains dans le Néguev durent depuis des décennies devant les tribunaux, sauf que depuis quelques mois, les Bédouins ont une représentation politique dans la coalition. Ce qui d’un côté, donne au parti Ra’am un pouvoir qu’il n’avait pas auparavant d’influer sur les décisions au plus haut niveau, mais qui de l’autre le bloque pour les mêmes raisons. Etre un parti de pouvoir dans une coalition requiert des compromis et des arrangements. Une contrainte que n’ont pas les partis d’opposition. Mais dans le secteur arabe, cette configuration est inédite. Quant à Mansour Abbas, s’il n’intègre pas rapidement les règles du jeu, il perdra la confiance de ses électeurs, mais aussi celle de ses partenaires de la coalition. On ne maintient pas une alliance en menaçant constamment de la faire tomber.

Pascale Zonszain