(Crédit : DR)

Comprendre et réduire les gaz dans le ventre, la chronique du docteur Serge Rafal

Les gaz sont responsables de symptômes inconfortables, fréquents, dont se plaignent surtout les dames, probablement parce qu’elles ont plus de scrupules que les messieurs à les évacuer par le haut (l’aérophagie) ou vers le bas (ballonnements et flatulences). 

L’étymologie de l’aérophagie est explicite, c’est littéralement : « manger de l’air ». L’aérophagie est en effet la conséquence d’une trop grande quantité d’air présente dans l’estomac. L’air, normalement avalé avec l’alimentation, s’élimine généralement tout seul, il s’accumule parfois en formant une poche d’air comprimé. Des rots surviennent alors isolément ou associés à une sensation de distension et de plénitude gastrique. Ce rot est salvateur pour le bébé après la tétée, rassurant pour la maman et même attendu impatiemment voire provoqué par des tapotements dans le dos. Et c’est un signe de politesse et de contentement au Moyen-Orient, apportant la preuve que le repas a été apprécié. Il est par contre moins bien accepté socialement chez nous.

Le tube digestif contient en permanence des gaz provenant de 3 sources : – L’air dégluti ; – L’air apporté par l’alimentation ; – L’air produit par les fermentations coliques de nos chères bactéries. Ces gaz sont responsables de douleurs ou de ballonnements et d’une augmentation des flatulences (= pets émis par l’anus). Et notons qu’une évacuation insuffisante est elle aussi source d’inconfort ou de gêne d’autant que s’installe progressivement une diminution de la tolérance à la distension. L’intestin se contracte après les repas pour faire circuler cet air vers la sortie, ce qui provoque des borborygmes physiologiques mais parfois incommodants. L’émission des gaz est en grande partie fonction de l’alimentation, comprise chez le sujet normal entre 200 ml et 2 litres par jour, la moyenne se situant autour de 600 ml. Cette production d’air génère 10-12 passages obligés par l’anus, se traduisant par des pets plus ou moins odorants et sonores.

Certains aliments peu « gazogènes » sont à privilégier : citons l’asperge, l’avocat, la laitue, l’œuf, le poisson, le riz blanc ; d’autres moyennement gazogènes sont à limiter : les agrumes, le brocoli, le pain de mie, la pomme de terre, les pâtes ; d’autres enfin sont à éviter : l’abricot, l’ail++, la banane, le beignet, le chou++, le chewing-gum, la fève, le haricot, l’oignon++, et bien sûr les boissons gazeuses, surtout lorsqu’elles sont bues à la paille. Et attention à la consommation excessive d’aliments riches en air comme une crème glacée, un croissant, une meringue.…

Bien sûr certains médicaments peuvent aider : – Certains probiotiques qui en modifiant le microbiote réduisent les ballonnements (lactobacillus acidophilus, rhamnosus, plantarum..) ; – Le charbon végétal, dont nous avons parlé récemment qui absorbe les gaz ; – L’argile qui réduit leur formation.

Prendre tout son temps pour manger : le repas doit durer 20 minutes, s’effectuer de préférence dans le calme, sinon en écoutant la radio plutôt qu’en regardant la TV. Il est important de rester concentré sur le contenu de son assiette ce qui évite d’ingurgiter trop d’air. Il faut mastiquer longuement chaque bouchée afin d’avaler délicatement une purée d’aliment et jamais goulûment un gros morceau sur lequel vont se précipiter les bactéries intestinales et dégager ainsi beaucoup d’air et des gaz incommodants en tentant de digérer ses fibres. Se garder enfin d’un repas trop copieux et trop gras qui ralentit bien sûr la digestion et favorise l’aérophagie.

Nous sommes beaucoup ici dans les interdits -éviter, réduire, supprimer- mais ces contraintes sont légères pour la majorité d’entre nous. Et si les gaz peuvent choquer ou amuser lorsqu’ils sont émis en public, ils ne constituent généralement aucun danger pour la personne qui en souffre, libre à elle de s’en accommoder, de les diminuer grâce aux mesures hygiéno-diététiques dont nous venons de parler ou de s’en débarrasser discrètement à la façon du grand Desproges pour qui : « Les pets c’est comme les enfants, il n’y a que les siens qu’on supporte ».

Docteur Serge Rafal