La Radio Juive

Les Palestiniens indifférents au Covid

(Crédit : DR)

En Israël, il est difficile voire presque impossible de trouver quelqu’un qui, au cours des deux dernières années, n’ait pas au moins une fois, dû faire un test de dépistage au Covid. Le masque fait partie des objets qu’on a sur soi en permanence, et on guette chaque matin les nouveaux chiffres du Covid annoncés par le ministère de la Santé. Rien que de très banal, dans un monde qui vit au rythme de la pandémie. Et pourtant, les Israéliens ignorent pour la plupart qu’à quelques kilomètres de chez eux, les Palestiniens vivent une réalité très différente. Dans les territoires autonomes de Judée Samarie, autrement dit l’Autorité Palestinienne, personne ou presque ne sort avec un masque. Dans les rues, dans les commerces, les gens ont le visage découvert. Ceux qui portent un masque, sont le plus souvent des personnes âgées, ou des adultes qui doivent se rendre en Israël ou en Jordanie.

Pas de commerce ni d’entreprise fermée, pas de confinement. Toutes les écoles fonctionnent normalement. Et pourtant, l’épidémie existe. Lundi, le Premier ministre de l’Autonomie Muhammad Shtayyeh s’adressait à la population pour leur recommander la prudence et le respect des gestes barrière pour limiter les risques de contamination au variant Omicron. Mais ses déclarations ont été reçues dans une parfaite indifférence. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les Palestiniens ignorent la réalité sanitaire. Ils sont 60% à avoir reçu deux injections de vaccin anti-Covid et environ 200.000 à avoir reçu la troisième. L’Autorité Palestinienne vaccine les enfants à partir de l’âge de 12 ans, contre 5 ans en Israël.  Et pour la plupart, c’est suffisant. Les Palestiniens ne se précipitent pas dans les centres de dépistage, qui sont d’ailleurs moins nombreux qu’en Israël. Le 10 janvier, ils étaient environ 6.000 à avoir effectué un test, alors que le même jour les Israéliens avaient été près de 200.000 à s’être fait dépister. Et quand Israël annonçait 32.000 nouveaux cas positifs, l’Autorité Palestinienne n’en avait que 294. Soit en proportion, plus de la moitié moins de tests positifs qu’en Israël. Même pour les cas graves, c’est-à-dire les hospitalisations en soins intensifs, Israël en recensait lundi 223 contre 58 dans l’Autorité Palestinienne.

Pourtant, ce sont les territoires palestiniens, et en particulier Bethleem qui avait connu le premier cluster il y a deux ans, après le passage d’un groupe de pèlerins chrétiens de Corée. La ville avait été bouclée et l’état d’urgence déclaré dans toute la Cisjordanie. Et puis l’émotion était retombée avec le début de la campagne de vaccination.

Alors, pourquoi de telles différences ? Les causes sont d’abord démographiques. La population palestinienne est en moyenne plus jeune que la population israélienne. Et cela a un impact sur les formes graves qui touchent les plus âgés. Mais il y a aussi des explications qu’on pourrait qualifier de culturelles. Le Covid n’est pas considéré comme une maladie grave, mais plus comme une grippe ou un rhume. Si on se sent malade, on reste à la maison et on se soigne avec des remèdes de grand-mère. Le Covid n’est pas devenu anxiogène. Les comportements sociaux n’ont pas changé, donc la crise sanitaire n’a pas eu d’impact direct. S’il est peut-être exagéré de sous-estimer la dangerosité du Covid, il faut bien reconnaitre que vivre sans l’obsession permanente de l’épidémie n’est pas forcément mauvais. Et cette fois, les Israéliens pourraient bien s’inspirer un peu de leurs voisins palestiniens.

Pascale Zonszain

LE 12-01-22 - 09:39