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Où en est-on du VIH ? La chronique du docteur Serge Rafal

Les médecins de ma génération se souviennent avec effroi de cette maladie apparue en 1981 aux USA, touchant électivement la communauté homosexuelle, caractérisée par une immunodéficience acquise ou Sida, responsable : – d’infections opportunistes dues à des bactéries (-> méningites, pneumopathies, septicémies, tuberculose), des champignons (-> aspergilloses, candidoses, cryptococcose, mycoses), des virus (CMV, herpès, zona), des parasites (méningoencéphalite, pneumonies, toxoplasmose) ; – de cancers sanguins (lymphomes malins), génitaux (col de l’utérus) ou cutanés (Kaposi) ; – d’une AEG avec perte de poids majeure allant souvent vers la cachexie, d’une détérioration mentale avec confusion ou démence.

Liée en effet à un rétrovirus qui se transmet par les fluides corporels (placenta, lait maternel, sang, sécrétions vaginales et sperme), diagnostiqué par un test Elisa qui met en évidence les Ac (VIH1 le plus répandu, VIH2 en Afrique de l’Ouest) et un ag nommé P24. Avant de bénéficier des traitements qui retardent son apparition sans toutefois le guérir, le Sida a tué entre 1981 et 2018 environ 32 millions de personnes, 23 millions d’hétérosexuels principalement africains, 3 millions d’homosexuels, 3 millions de toxicomanes. Près de 40 millions de personnes vivent actuellement avec le VIH dans le monde.

Effectivement, des rapports sexuels protégés ou le recours à la prophylaxie préexposition. Malheureusement un quart des infections sont découvertes à un stade tardif.

Autour de 6 000 nouvelles infections par an. Les populations les plus touchées sont originaires de régions à forte endémie (Afrique subsaharienne, territoires et départements français d’Amérique) et les homosexuels

Le terme de Sida n’est employé qu’après une infection opportuniste : toutes les personnes infectées par le VIH ne dppent pas le Sida. Grâce aux mesures dont nous venons de parler et aux traitements antirétroviraux, beaucoup restent des patients VIH dont l’espérance de vie rejoint quasiment celle de la population générale avec les protocoles allégés actuels. Sauf ceux qui conservent des comportements à risques (alcool, tabac, toxiques) et présentent des comorbidités, au rôle délétère comme dans le covid.

Le PrEP, cette stratégie de prévention utilisée depuis 2016 en France a fait ses preuves chez les personnes à risques et doit absolument être proposée. Elle consiste à prendre un médicament antirétroviral (Truvada°) de manière continue ou discontinue pour éviter de se contaminer : 2 comprimés 2h à 24h avant un rapport sexuel, 1 comprimé 24h après puis un autre encore 24h après. Attention, il s’agit d’une protection strictement individuelle efficace, remboursée à 100%, mais qui n’a toutefois aucune action prophylactique pour le partenaire.

Ce n’est pas parce qu’on en parle moins que la bataille contre cette maladie est totalement gagnée même si elle fait moins peur, en ne tuant plus comme autrefois. De nombreuses équipes continuent à travailler sur les traitements. La technologie ARNm permettra peut-être de mettre enfin au point un vaccin attendu depuis des années et des médicaments pas seulement stabilisateurs comme la trithérapie mais véritablement curatifs seront peut-être demain à la disposition des 175 000 Français actuellement séropositifs, les « sidamnés d’amour » de Barbara.

Docteur Serge Rafal