(Crédit : Twitter)

Le Covid s’invite au procès des attentats et complique les choses, la chronique de Michel Zerbib

D’abord vous décrire le tableau de la cour d’audience : serrés les uns contre les autres dans le box vitré, les onze accusés détenus du procès des attentats du 13 novembre 2015 qui écoutent la cour d’assises de Paris débattre de la contagiosité du Covid. Les nombreux gendarmes , assis juste derrière eux, les surveillent, bien sur, tout en écoutant les arguments. Les plus attentifs, ou craintifs sont ceux qui se trouvent à proximité immédiate de Salah Abdeslam : le seul membre des commandos islamistes encore en vie a subi un test PCR qui s’est avéré encore  positif. Il tousse sur son voisin Mohamed Abrini inquiet( dit son avocat). Les autres accusés, voisins , essayent de s’écarter un peu nerveux ,de peur de la contagion .

Après une suspension de quinze jours pendant les fêtes, le « procès historique », qui s’était ouvert le 8 septembre 2021, devait reprendre mardi avec un planning très chargé que le président avait aussi la responsabilité de respecter. Mais l’état de santé de l’accusé ne le permettait pas. Le président avait donc suspendu et convoqué tout le monde ce jeudi dont votre serviteur. 

Mais la défense de Salah Abdeslam a demandé d’entrée de jeu un nouvel examen de l’intéressé pour déterminer s’il est, ou non, en état de comparaître. Une contre-expertise .

À l’origine de cette problématique, une étonnante querelle d’experts. En fait l’expert avec lui même! En fait  le même professeur de médecine a rendu deux rapports qui se contredisent. Dans le premier, selon le résumé de Me Olivia Ronen, conseil de Salah Abdeslam avec son confrère Martin Vettes, il est noté que l’accusé pourrait assister à l’audience « sous réserve de la négativité du test PCR effectué le lundi 3 janvier ». Or, ce test est positif. Mais, mais, dans le second rapport, cité par le président Périès , le professeur relève que le patient souffre certes d’une affection au Covid  mais « sans signe de gravité ni complication », et donc a autorisé son retour aux assises le 6 janvier, car sa positivité au virus est « très faible ». Suivant en cela les nouvelles préconisations gouvernementales ( 10 jours d’isolement etc )

Voilà pourquoi Me Ronen, qualifie les travaux du professeur de « fumisterie totale », soutenue par les autres avocats de la défense. Un des ténors du barreau Me Christian Saint-Palais, très en verve et en pique sur le président, tente de mettre la pression sur la cour en la rendant responsable d’une hypothétique épidémie qui décimerait le box, gendarmes compris.

 L’une après l’autre, les avocats mettent en avant le spectre d’un « effet contagion », autrement dit des contaminations en série qui déboucheraient sur un report sine die des débats. Pour longtemps .

La surprise a été de voir  des avocats de la partie civile se désolidariser de leurs confrères qui eux voulaient qu’Abdeslam comparaisse et notamment des positions de maitre Chemla (qui sera notre invité en février) et Reinhardt. Surprise : les conseils de la partie civile ne font pas front commun pour contredire cette vision catastrophiste et procédurière. 

Plusieurs d’entre eux appuient, au contraire, la requête de leurs adversaires. Le ministère public, par la voix de l’avocate générale Camille Hennetier, trouve pour sa part que l’expert un tantinet  changeant est interessant et parle du « risque de devoir suspendre plusieurs semaines », car la positivité au test PCR peut, selon elle, perdurer un mois après la guérison. « Et que faire  si Salah Abdeslam refuse de subir un nouveau test? » Ce qu’il aurait d’ailleurs affirmé en dehors du prétoire nous dit elle.

Alors la cour va se retirer pour délibérer à 15 heures. Le box, que les journalistes qualifient de cluster en puissance, reste rempli autour de M. Abdeslam, qui continue à tousser. Cela va durer trois heures.

Enfin le président et ses assesseurs reviennent et annoncent leur décision: Oui pour une contre-expertise avec avis sur « la contagiosité d’un sujet non vacciné ». Résultat des courses (certains avocats faisaient des paris) l’audience est suspendue jusqu’au mardi 11 janvier. Si tout va bien. Oui le Covid s’est bel est bien invité au procès !

Michel Zerbib