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Patron de la DGSI : « Oui un autre 13 novembre est possible », la chronique de Michel Zerbib

« Chaque attentat est un échec », pour l’ancien patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) Patrick Calvar, au procès des attentats du 13-Novembre, avant de se demander si nous sommes prêts « à aliéner notre liberté » pour plus d’efficacité contre le « fléau terroriste ». La question politique et philosophique sera au cœur de l’intervention.

« Qu’est-ce qu’on veut ? Plus de sécurité ? Plus de liberté ? Si on veut plus de sécurité, il va falloir entrer plus de technologie. C’est possible, mais il faut qu’on accepte plus de restrictions de nos libertés individuelles », avait donc expliqué le policier.

« Le travail des services (de renseignement) est d’éviter la commission d’attentats et nous n’avons pu le faire. Tous ces attentats ont été des échecs pour nos services », avait aussi reconnu auparavant Patrick Calvar, 66 ans.

Patrick Calvar, aura déploré surtout le « manque d’interconnexion », notamment au niveau européen.

Il rappelle qu’au matin du 13 novembre 2015, la DGSI avait formellement identifié 1 760 individus en zone irako-syrienne. « Nous avions 156 enquêtes ouvertes, 275 individus interpellés dont 131 écroués. »

« Nos mots ne consoleront jamais (les proches des victimes) mais je voudrais qu’elles comprennent qui nous étions, comment nous travaillions », a eu raison de dire ce grand policier.

Cette question, plusieurs avocats des parties civiles comme maitre Metzker, l’ont posée aux divers enquêteurs venus témoigner .

« Le Bataclan était malheureusement, tristement, une cible d’opportunité. Comme le Stade de France l’a été. Comme les terrasses l’ont été », a répondu Patrick Calvar.

« À partir de quand la France est-elle devenue une cible prioritaire de l’État islamique ? », avait-elle demandé l’avocate générale, Camille Hennetier.  

« Depuis longtemps, nous avons un souci dans le rapport avec l’islam, dans la confusion entre islamisme et islam. Les débats sur le voile ou la laïcité n’ont pas été très bien perçus. Nous avons aussi souffert d’une crise d’identité profonde d’un certain nombre de jeunes d’origine marocaine, algérienne ou tunisienne »,admet Patrick Calvar.

Selon lui, la France a été une cible en raison du nombre de Français et de francophones en zone irako-syrienne. « la France était emblématique », a poursuivi le policier anti terroriste. « Vous frappez de là où vous venez. On a le terrorisme qu’on mérite », ajoutera t-il de façon étrange.

D’abord un avocat de la défense, demandera au témoin « pourquoi ces terroristes disent qu’ils frappent la France parce qu’elle est intervenue en Syrie ». « Je pense que c’est l’expression de la haine la plus pure », a répondu l’ancien patron de la DGSI. « Leur haine a pu s’exprimer sans retenue. Ils disent : ‘Nous aimons la mort comme vous aimez la vie.’ Ils veulent détruire ce que nous sommes. »

Arrive la terrible question que je vous annonçais mardi et qui lui a été posée : « Avec ce que vous savez, ce que vous avez appris, un autre 13-Novembre est-il possible ? », demande un avocat des parties civiles. « Oui, c’est possible », répondra sans sourciller et froidement Patrick Calvar !

Reprise de l’audience ce jeudi avec l’interrogatoire des accusés dont Abrini.

Michel Zerbib