La Radio Juive

Terrorisme et vidéo

(Crédit: DR)

C’est quasiment en direct que les premières images de l’attaque de samedi après-midi sont arrivées dans les médias. Un témoin a filmé l’agression du jeune Abraham Elmaliah avec son téléphone, puis il a aussitôt posté la vidéo sur les réseaux sociaux. On y voit tout le déroulement de l’attaque, le terroriste qui agresse sa victime par derrière, les deux policiers qui accourent, le Palestinien qui tente de poignarder le garde-frontière le plus près de lui avant de tomber à terre, touché par un premier tir, puis succombant à un second. D’autres vidéos arrivent ensuite sur les messageries, montrant l’arrivée des renforts de police, des services de secours, le corps du terroriste abattu, et aussi les premiers accrochages entre quelques dizaines de jeunes Arabes et les forces de l’ordre. Toutes ces images ont été diffusées de longues minutes avant les premières prises de vues de photographes et d’équipes de télévision professionnelles.

C’est aussi ce qui explique la rapidité des premières réactions. Ces premières images sans filtre et sans vérification ont donné lieu à des condamnations, avant même que la police ait eu le temps de reconstituer les circonstances de l’attaque et de l’intervention des deux gardes-frontière qui ont neutralisé le terroriste. Sans aucune contextualisation, les images d’un agresseur abattu au sol pouvaient apparaitre à première vue comme « l’exécution sommaire », dénoncée par un député de la Liste Arabe. Plusieurs députés arabes israéliens ont d’ailleurs condamné l’action des policiers comme disproportionnée. Sans compter le Hamas qui a évoqué un « crime barbare ». Et on sait comment ce genre d’événement peut prendre de l’ampleur et enclencher l’escalade. D’un côté, les forces de sécurité israéliennes, qu’il s’agisse de la police ou de l’armée, doivent se conformer à des règles d’engagement très strictes et de l’autre être capables d’analyser une situation parfois complexe, en quelques fractions de seconde, pour déterminer aussi à quel moment la menace est écartée.

Et c’est d’autant plus compliqué, lorsque ces événements sont donc filmés en temps réel et utilisés comme outil de propagande. Cette utilisation de l’image comme arme dans le conflit israélo-palestinien n’est pas nouvelle. Elle remonte en fait à la première intifada de la fin des années 80. A l’époque, cela exigeait encore d’avoir une caméra ou un caméscope à disposition. Depuis quelques années, un simple smartphone suffit. Et aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus un seul incident qui ne soit pas documenté en photo ou en vidéo, surtout sur des sites fréquentés et sensibles, comme l’est justement la Porte de Damas, à l’entrée de la vieille ville de Jérusalem. C’est même devenu depuis quelques mois une activité pour les jeunes Arabes qui se retrouvent dans le quartier. Ils filment le moindre incident, le passage de patrouilles de police, les contrôles d’identité, tout ce qui peut entretenir le flux d’informations sur des messageries comme TikTok ou Telegram. Rien de surprenant donc, à ce que l’attaque de samedi ait été filmée et diffusée aussi vite.

L’image relaye et amplifie l’acte. Elle peut créer une émulation chez d’autres candidats au terrorisme, qui n’ont pas besoin d’appartenir à une cellule organisée, mais qui peuvent agir de façon isolée. Et c’est bien ce qui inquiète les services de sécurité israéliens.

Pascale Zonszain

LE 06-12-21 - 09:46