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Les étonnantes failles des services des renseignements belges, la chronique de Michel Zerbib

En Syrie, Oussama Atar était un cador « une légende » de Daesh d’autant que le principal commanditaire des attentats du 13-Novembre a réussi l’exploit de devenir, selon la DGSI, « l’Européen aux fonctions les plus élevées dans l’organisation terroriste ». Après avoir séjourné dans des prisons américaines en Irak, il a retrouvé la liberté alors qu’il était entre les mains des autorités belges en 2012. Son parcours a suscité de vifs débats. La légèreté avec laquelle les services de renseignements belges ont surveillé ce djihadiste au profil dangereux ont interrogé les parties. Certains y auront vu même une tentative ratée d’en faire un « agent double ». Ce djihadiste est présumé mort en 2017 en zone Irak-syrienne.

Il y a d’abord cette phrase en préambule « on n’a pas la capacité de réécrire l’histoire ». Elle est de l’agent de la DR3 – les services antiterroristes belges -, qui nous apprend que l’enquête sur Oussama Atar n’a démarré que le 14 novembre 2015, le lendemain des attentats.

Ce fils de marocains émigrés en Belgique a été très tôt attiré par le Proche-Orient. A Damas en 2003. Là-bas, il rencontre des individus ouvertement hostiles à l’intervention américaine en Irak puis franchit la ligne, en gagnant la ville de Falloujah, en juillet 2004, où les combats font rage entre djihadistes et forces irakiennes .

Moins d’un an plus tard, Oussama Atar est arrêté par l’armée américaine, puis fait prisonnier à Abou Ghraib notamment. Officiellement, il passe huit ans en détention pour «entrée illégale sur le territoire». En vérité Bagdad l’accuse d’avoir participé à des activités terroristes sur son territoire.

Ce n’est donc pas l’État belge, mais sa famille, qui lance une vaste opération de communication pour le rapatrier en Belgique. Le mot d’ordre: «Sauvons Oussama, l’oublié belge détenu en Irak». Battage médiatique. De retour dans son pays natal, il est libéré pour des raisons médicales en octobre 2012. Incroyable aussi, l’ancien combattant obtient sans difficulté un passeport à l’automne 2013.

C’est l’avocat général qui, ne tenait plus, soulève cette « curiosité ».

« Est-ce que la police judiciaire fédérale est intervenue pour aider à la délivrance de ce passeport? » Une polémique, des articles de presse et un livre prétendent qu’Oussama Atar a reçu un passeport parce qu’on voulait le recruter comme une source. À votre connaissance, est-ce exact ?, demande le magistrat.

« Je n’ai aucune information dessus. J’en parle de façon complètement décontractée. Je n’ai pas travaillé dans ce dossier et je pense que la police judiciaire fédérale a fait son travail », se défend toutefois l’agent belge .

Le témoin, s’agace et tente d’esquiver toutes les questions: « C’est la sûreté de l’État qui communique, moi je ne suis pas détenteur de ces informations. » « Je sais qu’une certaine presse dit qu’on aurait voulu en faire un agent double, mais je n’ai pas d’informations. »

Michel Zerbib