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Les antivax, la chronique de Richard Prasquier

Les protestataires à l’obligation vaccinale établie par l’Autriche déclarent qu’ils se sentent en dictature et que jamais ils n’accepteront de se faire vacciner. Ce faisant, ils vont transmettre le virus, et peut-être la mort, plus souvent qu’un vacciné. Revendiquer la liberté de tuer relève d’un sacré biais cognitif…..

Dans un pays voisin du nôtre, un pasteur fondamentaliste a interdit à sa famille de se faire vacciner. Ils ont attrapé le Covid. Sa mère vient de quitter l’hôpital, sa soeur y a perdu quinze kilos, son frère une bonne partie de ses muscles et son père est en réanimation lourde avec un très mauvais pronostic. Le fils n’a pas modifié son opinion d’un iota, la vaccination est dangereuse plus que le virus…

Les antivax ne sont pas nés avec le Covid. En 1998, un article avait relié l’autisme à un vaccin contre la rougeole. Les résultats étaient faux et l’étude a été supprimée. Mais la suspicion était installée, des vaccinations ont été refusées… et des enfants sont morts de rougeole.

Les chiffres sont clairs: 80 millions de doses en France pour le Pfizer et deux complications à retenir, en général transitoires: les myocardites et les paralysies faciales: 2 cas sur 100 000 vaccinations. Si on les compare à la seule mortalité du Covid (1,5% en France), on est dans un rapport de 1 à 700….

Mais il y a deux biais cognitifs: d’une part nous attachons plus d’importance à un événement survenu à la suite d’une action (vaccination), que d’une omission (absence de vaccination); d’autre part notre cerveau n’est pas calibré pour comparer de telles disproportions, et un cas de complication anecdotique impressionnera plus qu’un pourcentage sur les morts évitées.

Les antivax disent que le vaccin est inutile puisque il n’empêche pas d’attraper la maladie.

On doit aux Israéliens la découverte que les anticorps diminuent en quelques mois, surtout chez les personnes âgées.Mais ce qui est vrai du vaccin l’est encore plus de la maladie: on peut être deux fois victime du Covid.

Surtout, le risque de forme grave est considérablement réduit quand on a été vacciné.

Faux, nous dit-on, car il y a beaucoup de personnes vaccinées dans les réanimations. C’est normal. Si 90% des gens sont vaccinés, ce qui est le cas des adultes en France, et si leur risque individuel de forme grave est dix fois moins important que celui des non vaccinés, on trouvera en réanimation autant de vaccinés que de non vaccinés. Cela s’appelle le paradoxe statistique de Simpson, qui exige qu’on analyse avec esprit critique toute étude rétrospective.

L’argument clef des antivax est qu’on ne connait pas les effets à long terme du vaccin. S’il avait fallu les attendre, nous serions encore en proie à la variole, la rage, la diphtérie et la poliomyélite. Les vaccins ARN, bien étudiés depuis 10 ans, semblent inoffensifs et n’impactent en rien le génome du receveur. Les stupidités écrites à ce sujet sont effarantes.

D’ailleurs connaissons-nous les effets à long terme de la maladie? Un Covid bénin peut être suivi d’un Covid long. La grippe de 1918 a été suivie d’encéphalites et de syndromes parkinsoniens et le virus de la varicelle peut se réactiver sous forme de zona.

Ne pas se vacciner, c’est tomber dans le biais qui consiste à choisir contre le risque plus visible de l’action, celui plus dangereux de l’inaction.

La majorité des antivax restent accessibles à cette argumentation et se résigneront si on exerce une pression légale ou sociale.

Mais une minorité ne le sont pas.

Il y a ceux dont le refus relève d’une peur archaïque de modifier leur organisme.

Beaucoup plus souvent, c’est parce qu’ils ont une vision biaisée de la causalité, l’idée qu’il n’y a pas de hasard, que tout événement a une cause déterminée, unique et permanente. Parfois, ils refuseront par orgueil hyperrationel de suivre cette parole officielle qu’acceptent les moutons de Panurge que nous sommes. Mais ceux, les plus fréquents, qui n’ont pas suffisamment confiance dans leurs propres qualités intellectuelles, se mettront paradoxalement au service du gourou, du mythomane, de celui qui prétend qu’il sait et qui parle avec assurance.

Pour quelques uns, ils feront de la maladie une punition divine.
Pour certains enfin, c’est une causalité démoniaque. Il y a derrière la surface des événements des responsables maléfiques. Ils veulent détruire la population, gagner de l’argent sur la maladie des autres ou asseoir leur domination.

Bien entendu, le Juif n’est jamais loin dans ces élucubrations trop bien connues.

Richard Prasquier