La Radio Juive

Haddadi et Usman ne sont pas des « seconds couteaux », la chronique de Michel Zerbib

(Crédit: Twitter)

Ils sont pourtant loin d’avoir été des «seconds couteaux». Adel Haddadi, un Algérien de 34 ans, et Muhammad Usman, un Pakistanais de 28 ans, ont été interpellés en décembre 2015, un mois après les attentats, dans un foyer de migrants en Autriche. 

Les deux hommes ont quitté la Syrie et rejoint l’Europe par la route des migrants avec deux kamikazes du Stade de France. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu commettre un attentat en France. Muhammad Usman est par ailleurs un ancien artificier de groupes djihadistes pakistanais réputés proches d’Al-Qaïda. Ils sont détenus en France depuis juin 2016.

Comme la semaine passée, l’enquêtrice de la DGSI entendue aujourd’hui témoigne en visioconférence, le visage caché derrière un voile blanc. Les éléments biographiques d’Adel Haddadi et Muhammad Usman et le départ vers la Syrie, le parcours et les activités sur zone syro-irakienne et le retour en Europe pour commettre une attaque suicide ont été développés 

La policière de la DGSI rappelle d’abord quelques éléments de biographie de Muhammad Usman, sur son enfance au Pakistan au sein d’une famille musulmane sunnite. Il disparait pendant 10 ans avant de réapparaître en 2014. Les renseignements pakistanais évoquent l’appartenance à un groupe taliban.

Après cette période, il quitte sa famille en août 2015, passe par Karachi (Pakistan), puis par Gwadar, et la ville côtière de Jiwani, où il effectue une traversée en bateau. Il traverse l’Iran en 10 à 15 jours avant d’atteindre la Turquie. Une fois en Turquie, il rejoint Istanbul puis Gaziantep, après avoir prévenu Abou Obeida, un autre accusé du procès. Usman est récupéré à Gaziantep avec d’autres volontaires au djihad et passe la frontière syrienne à pied. En Syrie, il est aussitôt récupéré par des combattants de Daech.

Adel Haddadi, Algérien né en 1987, est un musulman sunnite. En revanche, lui n’invoque aucune raison religieuse. Haddadi assure également qu’il n’a jamais eu de contact avec Daech avant son départ, décide de s’envoler vers la Turquie. Il quitte l’Algérie sans prévenir sa famille en février 2015 d’Alger vers Rome, puis le même jour prend un vol pour Istanbul.  À l’aide de passeurs, il passe la frontière syrienne à pied, sans savoir qu’il rejoignait l’EI, 

Sur zone, Muhammad Usman affirme qu’on lui a confisqué ses effets personnels, qu’il n’a pas eu à prêter allégeance à Daech, et qu’il n’a pas eu à prendre de kunya, un nom de combattant. C’est curieux note l’enquêtrice. Toujours selon ses propos, l’accusé assure avoir été conduit contre sa volonté à Falloujah en Irak. Il explique qu’il n’a entendu ni bataille, ni bombardement, qu’il n’a participé à aucun entraînement, ni au combat. 

Pourtant, dans une vidéo de propagande diffusée après la bataille de Ramadi au printemps 2015, apparaît  Muhammad Usman, célébrant la victoire du groupe djihadiste. Sur les extraits, diffusé à la cour, Usman est visible avec une arme accrochée dans son dos. 

 Devant les enquêteurs étonnés « je n’ai rien vue de choquant là-bas c’est l’islam qui fonctionne le bon islam … un adultère, c’est la lapidation, les homosexuels on les jette du 6eme dans le vide … on coupe la main des voleurs. J’ai retrouvé là-bas toute la pureté de l’islam. »

Pourtant, Adel Haddadi apparaît sur une photo arme à la main, à côté d’un drapeau de l’État islamique.

Concernant l’attentat-suicide, Muhammad Usman affirme qu’un certain Abou Ahmad (Oussama Atar) lui demande de commettre une action suicide en France, mais il prétend qu’il aurait refusé. 

Adel Haddadi, lui, comprend qu’il doit quitter la Syrie pour se rendre en France pour remplacer une personne qui s’est désistée. Il sait qu’il est envoyé en tant que kamikaze, qu’il doit remplir « une mission pour Allah, pour le bien de dieu ».

Dans un appartement de Raqqa, les deux accusés reçoivent une formation à ce type d’attaque extérieure, avec deux des trois kamikazes du Stade de France. Les donneurs d’ordre leur confient une mission: « aller en France pour commettre un attentat suicide. »

Le quatuor de djihadistes (Adel Haddadi, Muhammad Usman et les deux Irakiens kamikazes du Stade de France) reçoit 3000 dollars, un téléphone, des vêtements et des sacs à dos puis gagne la Turquie. 

Sur place, ils rencontrent deux hommes qui leur fournissent les quatre «vrais-faux» passeports syriens, traversent le pays jusqu’à Adana, puis franchissent la frontière grecque. Là, les deux Irakiens partent de leur côté vers la Macédoine, puis la Serbie, Croatie, Hongrie, Autriche et à priori l’Allemagne.

Les deux accusés eux, sont arrêtés à Leros et emprisonné sur l’île de Kos, vont être libérés le 28 octobre 2015. Ils récupèrent de nouveau de l’argent et rallient Athènes par ferry le 8 novembre 2015. Haddadi et Usman reprennent ensuite la même route que leurs deux acolytes: la Macédoine, la Serbie puis la Croatie. Là ils prennent le train direction la Slovénie le 14 novembre 2015, puis enfin, un bus vers l’Autriche. C’est en Autriche qu’ils seront finalement interpellés. Pas les deux irakiens du stade de France.

L’enquêteur était chargé d’exploiter les supports numériques d’Adel Haddadi et Muhammad Usman. Le premier avait trois téléphones portables lorsqu’il a été interpellé en Autriche avec le second, le 10 novembre 2015. 

Sur l’un des portables d’Adel Haddadi sont retrouvées des correspondances via l’application cryptée Telegram. L’accusé échange avec un interlocuteur, Oussama Atar, l’un des commanditaires des attentats du 13-Novembre. Alors que les deux accusés sont sur les routes d’Europe, il lui écrit notamment: « Nous attendons le moment propice. »

Sur Facebook, il était ami avec plusieurs comptes , probablement de djihadistes. Ces derniers utilisaient des adresses IP communes, ce qui signifie qu’ils pouvaient être ensemble, ou avoir fréquenté des lieux communs à peu de temps d’intervalle. 

Les investigations n’ont pas permis d’identifier le compte Facebook de Muhammad Usman. On apprend en revanche que l’analyse de ses recherches internet font état de nombreux « surfing sur des pages pornographiques ».

Un policier de la DGSI sera entendu ce mercredi sur le rôle des frères Clain, la voix des revendications des assassinats du 13 novembre.

Michel Zerbib

LE 24-11-21 - 10:59