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Israël veut éviter la faillite palestinienne

La conférence des pays donateurs est réunie cette semaine à Oslo. Une rencontre qui a lieu chaque année dans le cadre des accords conclus entre Israël et l’OLP et leur annexe sur le volet économique. C’est le ministre Meretz chargé de la coopération régionale, Issawi Fredj, qui conduit la délégation israélienne dans la capitale norvégienne. Le ministre israélien estime que l’Autorité Palestinienne s’approche dangereusement de l’effondrement économique et demande à l’UE et aux Etats arabes de réinjecter des fonds dans les caisses de l’Autonomie, dans l’intérêt des Palestiniens, mais aussi dans celui d’Israël. Une analyse qui corrobore celle des Nations Unies, qui constate une détérioration de plus en plus préoccupante de l’économie palestinienne, encore aggravée par la crise sanitaire. L’aide financière des pays donateurs, qui avait permis la mise en place d’une structure institutionnelle et économique pour l’Autorité Palestinienne, à partir des années 90, s’est progressivement réduite. En 2011, les pays donateurs avaient versé plus d’un milliard de dollars au régime de Ramallah. En 2019, la somme avait réduit de moitié, pour ne plus totaliser qu’une petite quarantaine de millions cette année. Les pays arabes qui participaient régulièrement au financement palestinien, ont pris leurs distances, même les pays européens ont diminué leur aide, échaudés par les dysfonctionnements et la corruption des institutions autonomes.

Israël veut donc éviter un crack irréversible de l’économie palestinienne qui aurait évidemment des répercussions sur le régime de Mahmoud Abbas et sur la situation sécuritaire. Mais Jérusalem n’est pas disposé pour autant à renoncer à déduire des recettes fiscales reversées à l’Autonomie, le montant des subventions que Ramallah continue de payer aux familles des terroristes. Et le ministre Issawi Fredj n’a pas exclu que l’Autorité Palestinienne accepte finalement de cesser ces paiements. Un compromis permettrait d’ailleurs de convaincre plus facilement les pays donateurs de remettre la main à la poche, pour financer des projets d’infrastructures et de parcs industriels pour redresser l’économie palestinienne.

Cet assainissement économique est au moins aussi important pour le gouvernement israélien, que la poursuite de la coopération sécuritaire avec l’Autorité Palestinienne. Et si la reprise du processus diplomatique, au point mort depuis 2014, n’est pas à l’ordre du jour du gouvernement de coalition – Naftali Bennett a répété depuis son investiture, qu’il était opposé à la création d’un Etat terroriste au cœur d’Israël, selon ses termes – le dialogue fonctionne toujours entre Jérusalem et Ramallah. Le ministre de la Défense Benny Gantz a déjà rencontré Mahmud Abbas, qui a aussi reçu des ministres du Meretz, dont Issawi Fredj et Nitsan Horowitz. Et au début du mois, c’est le directeur du Shin Beth, Ronen Bar, qui a rendu visite au chef de l’Autorité Palestinienne. Depuis l’annulation par le leader palestinien des élections prévues en mai dernier, la tension intérieure monte dans les territoires autonomes de Judée Samarie. Le Hamas se fait de plus en plus visible et les services de sécurité palestiniens n’entrent plus dans certains secteurs. Faute d’une option plus satisfaisante, Israël préfère encore que Mahmoud Abbas ait les moyens de maintenir son régime à flots.

Pascale Zonszain