(Crédit: DR)

Le point sur le psoriasis, la chronique du docteur Serge Rafal

Je voulais à nouveau évoquer cette maladie inflammatoire chronique de la peau qui concerne 2-4% de la population, soit autour de 2 millions et demi de personnes en France. Elle peut apparaître à tout âge mais le fait généralement dans la première moitié de la vie (la moitié des cas avant 40 ans avec un pic entre 16 et 22 ans) et curieusement entre 57 et 60 ans. Elle est non seulement très impactante sur la qualité de vie, en fonction de l’importance et la localisation des lésions cutanées, surtout lorsqu’elles touchent le visage, mais elle est également grevée de complications rhumatismales, cardio-vasculaires et évidemment psychiques (dépression).

La cause reste d’étiologie incertaine, plurifactorielle avec une prédisposition génétique : un antécédent familial au premier degré est retrouvé chez un tiers des enfants. Et il existe un lien épidémiologique avec certaines comorbidités cardio-vasculaires et métaboliques : obésité, diabète, hypertension artérielle, dyslipidémie. Des facteurs environnementaux sont régulièrement incriminés : un frottement cutané ou le grattage peuvent déclencher une poussée tout comme une infection streptococcique, certains médicaments (Bétabloquants, anti-hypertenseurs-IEC-, le lithium). Notons également le rôle du stress et des traumatismes affectifs, de l’alcool et du tabac.

La maladie se présente sous la forme de lésions érythémato-squameuses bien limitées ou de plaques plus ou moins étendues et épaisses (parfois peau de crocodile) chez 80% des adultes et 50% des enfants, localisées préférentiellement aux coudes, aux genoux, sur la face antérieure des tibias, sur le cuir chevelu. Le psoriasis peut toutefois apparaître partout sur la peau, les muqueuses, les ongles. Il gratte dans la moitié des cas contrairement à ce qu’on pensait autrefois où seul l’eczéma était censé être prurigineux. Il peut donc s’avérer gênant et pas seulement sur le plan esthétique.

On affirme le diagnostic par l’examen clinique et l’aspect des lésions cutanées (plaques, gouttes parfois, pustules, rougeurs).

Cette maladie évolue le plus souvent par poussées, entrecoupées de phases de rémission. Il faut d’ailleurs bien informer le patient et lui expliquer qu’il lui faudra un traitement d’abord d’attaque puis d’entretien… à vie, afin de seulement freiner l’inflammation, responsable des lésions cutanées. Il n’existe pas actuellement de traitement curatif.

On juge de sa sévérité par l’étendue. Au-delà de 10 à 15% de la surface corporelle, le psoriasis nécessite un traitement général classique voire biologique (Ac monoclonaux) dont l’initiation est hospitalière. Ces traitements nécessitent une surveillance biologique particulière et une contraception. En deçà, ce qui représente la grande majorité des patients (8 sur 10), nous nous contentons de topiques (calcipotriol (dérivé de la vitamine D3), de cortisone, de Daivobet, de mousse Enstilar). 

Le soleil est efficace provisoirement et la photothérapie a toujours sa place : 3 séances par semaine, par cures de 2 mois, dans les formes diffuses. Mais il semble que les malades éprouvent de plus en plus de difficultés pour trouver des cabines de puvaTt.

L’hygiène de vie est importante: arrêt de l’alcool et du tabac, activité physique régulière, réduction pondérale si besoin, gestion du stress, préservation du sommeil. 

Cette maladie peut avoir un retentissement considérable sur la qualité de vie. Fort heureusement les traitements actuels, même s’ils ne guérissent pas les malades, les soulagent presque à tous les coups. Coup de peau devrais-je dire ! 

Docteur Serge Rafal