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La violence bédouine exaspère le sud d’Israël

Des membres de deux familles bédouines rivales se sont affrontés dimanche soir sur le parking de l’hôpital Soroka de Beer Sheva. Une dispute a dégénéré en bagarre, coups de couteau et même tirs de pistolet. A quelques mètres de là, le personnel de l’hôpital s’est barricadé avec les patients en attendant l’arrivée de la police. Le tout n’a duré que quelques minutes, mais s’est soldé par plusieurs blessés et près d’une vingtaine d’interpellations. Un incident d’une gravité inédite, même pour le service des urgences, malheureusement accoutumé à des cas de violence de la part des patients. Lundi matin, le directeur général du ministère de la Santé qualifiait l’épisode de « particulièrement grave » et réclamait une présence policière pour tous les services d’urgence des hôpitaux du pays. « Ça ne réglera pas le fond du problème, mais cela aura au moins un effet dissuasif » a estimé le Pr. Ash.

La dégradation sécuritaire dans le sud d’Israël n’est pas un phénomène nouveau. Il est essentiellement lié à la situation de la population bédouine, environ 260.000 personnes, mais leur nombre total n’est pas absolument certain dans la mesure où presque un quart de cette population habite dans des localités non reconnues. Les Bédouins forment la catégorie socio-économique la plus faible de la population israélienne, avec un taux de chômage trois à quatre fois plus élevé que la moyenne nationale. C’est aussi dans la communauté bédouine que l’on trouve le plus de problèmes liés à la détention d’armes illégales, que cela soit lié à des survivances de tradition nomade, d’organisation clanique ou à la criminalité. Les conflits inter claniques sont fréquents, mais se déroulaient jusqu’à récemment à l’intérieur des localités bédouines. L’incident du 14 novembre à l’hôpital de Beer Sheva est un cas de plus de débordement de cette violence vers les localités juives.

Un des points du programme de campagne du parti de Naftali Bennett durant la dernière échéance électorale était justement de rétablir l’ordre public dans le sud du pays, où se multiplient les zones de non-droit et la criminalité notamment agricole contre les exploitations juives. Mais c’est aussi une doléance récurrente de la population arabe et de ses élus. Le parti islamiste Ra’am, très représenté dans la communauté bédouine a fait de la régularisation des localités non reconnues, sa principale condition d’entrée dans l’actuelle coalition. Lundi, le maire de Beer Sheva a réclamé l’intervention immédiate du gouvernement pour restaurer la sécurité dans sa ville. Rubik Danilovitch a dénoncé un « terrorisme civil qui s’empare du pays » et une violence devenue la norme. « On est en train d’assister à une perte de pouvoir de l’Etat. C’est une guerre existentielle qui se joue pour la société israélienne » a affirmé le maire de la capitale du Néguev.

Le Premier ministre israélien a assuré que le dossier était une priorité de son gouvernement et a convoqué hier ses ministres en charge de la lutte contre la criminalité dans le secteur arabe. « Nous avons commencé à agir » a affirmé Naftali Bennett, rappelant le coup de filet réalisé la semaine dernière dans le milieu des trafiquants d’armes. « Il faut vider cet arsenal suffisant pour équiper une petite armée. Nous allons continuer jusqu’à ce que la mission soit entièrement accomplie » a promis le chef du gouvernement israélien.

Pascale Zonszain