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Elections sans idées, la chronique de Guy Konopnicki

LCI nous a présenté lundi un sitcom très original, manifestement inspiré par les anciens feuilletons de Radio-Luxembourg et d’Europe numéro 1 réunis.

La famille Duraton se réunissait, il ne manquait personne, enfin presque, pour discuter de l’avenir, il y avait la Parisienne, le Ch’ti, le Niçois, le Savoyard revenu de Bruxelles, sans oublier le médecin de la famille. Ils se parlaient bien poliment, tout en balançant quelques coups en douce. C’était en même temps Signé Furax, car il s’agissait de savoir qui serait le Grand Babu, le chef incontesté, le seul qui sent l’eau de Cologne…

Bel exercice, en vérité, où tout le monde promettait de rétablir l’ordre public sans toucher aux libertés et de rembourser la dette en diminuant les impôts, les taxes et les droits de succession.

Sitôt après le débat, à zéro heures 15, sans attendre le vote des adhérents de LR, qui aura lieu début décembre, quatre journalistes proclamaient les résultats.

Ils sont comme ça, les journalistes, il leur faut une tête, le plus vite possible. Il y a longtemps déjà que ce sont les médias qui élisent le président de la République : ainsi ont-ils élu, successivement, Alain Poher, Michel Rocard, Raymond Barre, Édouard Balladur et Jacques Delors.

Certains sont d’autant plus pressés de trouver le champion de la droite, qu’ils ne savent plus comment se dépatouiller de la créature qu’ils ont fabriquée et qui leur échappe.

Donc, pour exorcise le démon sorti de leur boîte,  le plus à droite dans la famille LR, le champion d’une république autoritaire et libérale à la fois, devient, par le vote des éditorialistes, le champion de la droite, avec toutes les chances de devenir président de la République, pour peu qu’il passe la barre des 15%, seuil de la qualification au second tour.

Dans cette campagne, c’était bien la première fois que l’on débattait du présent, sans éprouver le besoin de parler des juifs et de Pétain. C’est toujours ça de pris. Seulement, la médiatisation du débat interne d’un parti a pour effet très pervers de tenir les adhérents de ce parti pour une piétaille, sommée de se conformer aux choix des journalistes.

Or, le parti en question, se compose de quelques milliers d’élus, de maires, de présidents de régions et de départements, de députés et de sénateurs, et il détient la majorité au Sénat.

La centralisation du pouvoir et la médiatisation, poussent au remplacement des structures démocratiques par un système où seules les personnalités comptent. Chaque Français se voit donc sommé de s’identifier non plus à un parti, à un courant de pensée politique, mais à une personnalité, homme ou femme. Les Républicains, en tant que parti croyaient avoir repris la main, ils l’on perdue dès qu’ils ont conclu un accord avec une chaîne d’information pour médiatiser leur débat.

Je ne me reconnais pas dans ce parti là, mais je me refuse à être comptabilisé derrière une des idoles du moment, d’autant qu’elles sont fabriquées de plus en plus rapidement. Il y a longtemps, trop longtemps que je ne vote pas pour un candidat mais contre un autre. Certes, je ne regrette pas d’avoir voté pour Jacques Chirac en 2002 et pour Emmanuel Macron en 2017. Je serai bien obligé de récidiver, dans un duel entre un candidat républicain et un ou une candidate d’extrême-droite.

Mais ce choix ultime est celui du second tour. D’ici-là, je voudrais entendre des débats porteurs d’une culture politique… On appelait ça ainsi, au temps jadis.  Je suis, je demeure républicain, laïque, universaliste, social-démocrate, écologiste, libertaire, et certainement plus insoumis que ceux qui prétendent l’être. Autant dire que j’étais jaloux de voir la droite se reconstituer en parti et débattre, ce qui semble totalement impossible à gauche. De fait, l’élection présidentielle se déroule entre l’extrême-droite, la droite et le centre. La gauche n’est pas seulement divisée, elle n’existe pas. Je peux m’inquiéter de voir une partie de la droite tétanisée par l’extrême-droite, d’entendre un de ses prétendants reprendre la théorie fumeuse du grand remplacement, mais la gauche démocratique est totalement atone, parce qu’elle n’ose affronter les idées implantées par ses éléments les plus radicaux. Autrement dit, une anti-culture politique, piétinant l’histoire de la même manière que l’extrême-droite, avec le même rejet du rationalisme et de l’universalisme. D’un côté la réduction de l’horizon aux frontières de la France, de l’autre, la partition jusqu’à l’infini des identités d’origine, de sexe non-mixte, de comportement sexuel, de religion et de régime alimentaire … 

De part et d’autre, le refus des réalités économiques mondiales, le déni des chocs entre les puissances, de la menace terroriste pour les uns, de la catastrophe écologique pour les autres… 

Et pour tous, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, en passant par la droite, le centre et la gauche, une manière de fabriquer et d’imposer les idées, en fonction de la communication et du marketing.

Nous voici sommés de nous rallier à telle ou telle des idées en vogue, et d’acheter la marque, enfin le candidat qui les porte.

Le résultat final de l’élection présidentielle est incertain, mais la campagne s’annonce comme une défaite de l’intelligence !

Guy Konopnicki