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Les coups mortels ce 23 mars 2018, qui a poignardé madame Knoll ? La chronique de Michel Zerbib

Je l’ai amené chez mon frère » lorsqu’il était « en vacances » a répondu tranquillement  sans se démonter Yacine Mihoub. Quand le président lui a demandé pourquoi il l’avait placé derrière la machine à laver, l’accusé a répondu, sans terminer sa phrase: « Vous savez, quand je suis alcoolisé, je fais des choses… »

Et vendredi, il était question avec le médecin légiste, le docteur Labori, des coups  mortels portés justement avec le couteau (possiblement donc celui retrouvé) par l’assassin sur madame Knoll. Il y a depuis l’instruction de cette affaire terrible, deux versions antagonistes. L’une soutenue par Yacin Mihoub, 32 ans aujourd’hui et l’autre par Alex Carrimbacus 25 ans. Les deux hommes ont décrit aux enquêteurs en effet les coups de poignards en s’accusant mutuellement. Ils ont donné sensiblement la même version, c’est qu’ils étaient vraisemblablement ensemble, au même moment, dans la chambre de la si frêle et vulnérable Mireille Knoll. 

Et pour la Cour, qui entend bien découvrir qui est l’auteur des coups et du meurtre, l’analyse très scientifique de l’expert est d’une grande importance. Et pour cela tous les détails sont examinés. Les dessins de l’image du corps et des impacts sont projetés sur l’écran du Tribunal. Les accusés ne regardent mais la famille Knoll est replongée dans la réalité de la violence du crime. Sauvagerie. Le président demande au médecin quel temps a pu durer la scène. L’expert nous décrit les plaies, « le planté , retiré , planté , retiré » sur le coté postérieur du tronc, le couteau qui rentre de plusieurs centimètres. Ces coups ont duré dit l’expert entre 5 à 10 secondes. Le type d’armes est il compatible avec la scène de crimes questionne encore le président ? On apprend que des plaies de 2, 5 cm font que la lame est entrée jusqu’à 10 à 12 cm. 

Le médecin légiste explique le sens du passage des lames, la façon dont le tueur a tenu le couteau, le fil de la lame « queue de rat » pour donner plus de puissance aux coups de poignards. Pour juger de la largeur de la lame , c’est le franchissement et le sens des coups

Pour être sur de la largeur des plaies ,demande à son tour l’avocat général , la carbonisation peut elle les avoir rétractées ? 

Oui répond le médecin qui nous rappelle, si jamais nous l’avions oublié , que madame Knoll a été brulée post mortem. Et pour ses enfants sur le banc la précision fait mal. Daniel Knoll avec qui nous parlions à la pause nous confiera que pour lui c’est une sorte de scène de la Shoah, le génocide Juif qui a durablement marqué la famille.

Mireille Knoll a- t – elle eu le temps de ressentir et  donc de souffrir ? Les coups décisifs ont été portés en région paravertebrale. Le légiste explique : »le coup sectionne l’aorte et le ventricule gauche en 15 secondes elle perd connaissance puis durant trois minutes son thorax est inondé par le sang , c’est un hemothorax .Elle survit donc quelques minutes mais n’est déjà plus consciente … rendez vous compte une personne de 85 ans de 1m50 et 45 kg ».

Les deux coups mortels l’ont été dans le dos , pour franchir la paroi thoracique(4 en tout) et non pas celui porté dans le cou. Il en faut beaucoup de la haine pour s’en prendre à la si douce Mireille. Le médecin légiste, à la question qui lui est posée, répond qu’on ne peut exclure deux agresseurs et l’usage de deux armes. L’avocat général lui , enfonce le clou sur l’un des deux accusés en disant que sa version est compatible avec ce que l’expert a présenté. Mihoub n’aurait pas pu décrire aussi bien ce qui est constatable sur le corps s’il n’en était pas l’auteur. Le cynisme de Mihoub qui est encore impassible écœure le magistrat qui demande aux avocats de la défense de se taire.

L’expert est bien obligé de dire que les quelques 30 secondes de violences ont été d’immenses sources de douleurs, résultant des traumatismes osseux pour la victime. C’est enfin l’heure de la suspension de l’audience et le théâtre d’une passe d’armes entre le ministère public et l’un des avocats de la défense Charles Consigny qui accuse la famille Knoll de l’avoir injurié. L’avocat général, d’un geste de dédain de la main, demande à la police de faire sortir ces avocats en levant la voix à la satisfaction des parties civiles qui se raccrochent à ces petits signes de l’accusation qui joue bien son rôle dans ce procès sous haute tension dorénavant.

Après avoir entendu le chef de garde de Charonne des sapeurs pompiers de Paris appelés vers 18h30 ce 23 mars 2018 , les premiers sur le site de Philippe Auguste, qui constataient que la victime était décédée et avaient rapidement circonscrit le feu ( cinq départs de feu), en effet Jocita Knoll s’est présentée à la barre. Petite femme brune , d’origine Philippine épouse de Daniel, l’un des deux fils de Mireille, raconte à quel point elle est « tombée sur une famille formidable … une belle mère qui fut son professeur de français et de bien d’autres choses ». « Quand elle a été malade poursuit Jocita , j’ai dit à mon mari que devais rester avec elle ».

 En février 2018 , son mari est déjà malade (un cancer de l’estomac), elle décide d’aider Mireille Knoll jusqu’au soir. « C’était une femme ouverte , positive , ne critiquant jamais personne ». Oui elle avait déjà évoqué avec elle le fils de la voisine du 7ème , Yacine Mihoub , qui venait souvent voir Mireille. D’ailleurs raconte-t-elle elle n’avait jamais cru à l’attouchement sexuel commis par Mihoub sur la fille Elsa de son aide ménagère Albertine et qui avait valu au jeune homme une condamnation en février 2017. Mireille avait toutefois raconté à Jocita ces bruits de pas dans la nuit et ces bouteilles de porto vidées. Non madame Knoll n’avait pas perdu la tête.

Et le 23 mars Jocita voit sortir quelqu’un de la chambre d’Albertine. Ce n’est pas possible que ce soit l’infirmière « qui êtes vous ? » demande t elle apeurée « je m’appelle Yacine et je sors de prison », dit tranquillement Mihoub qui semble « être très à l’aise » un verre de porto sur la table qu’il s’est servi. « Monsieur la femme de ménage est là, elle va changer la nappe, il faut partir », Jocita est effrayée, elle vérifiera qu’il a bien quitté l’appartement et demandera à sa belle mère pourquoi elle a ouvert la porte. Le bon cœur de Mireille Knoll pourtant très fatiguée. Il est 14h30. Mihoub reviendra un peu plus tard …

Michel Zerbib