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La scène de crime: l’appartement brûlé de Mireille Knoll, la chronique de Michel Zerbib

Si j’ai interrompu pour quelques jours la couverture du procès du 13 novembre et les témoignages si difficiles des survivants et des témoins, c’est pour essayer de vous faire vivre  ce procès de la barbarie antisémite et crapuleuse selon toute vraisemblance. Ce mercredi nous a projeté dans l’extreme violence du crimes avec l’album photo de l’enquête.

Ce sont en effet des images insoutenables qui ont été montrées au tribunal. « Il faut que tout le monde les voit », dit d’abord doucement Allan l’un des deux fils de Mireille Knoll, je l’entends. Puis il baisse son masque et hurle en regardant les deux accusés dans le box «Regardez!», s’est il écrié. Sa mère survivante de la shoah dont le corps, lardé de onze coups de couteau et partiellement carbonisé, a été découvert ce 23 mars 2018 dans son HLM parisien. Mais, dans le box des accusés, Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus gardent les yeux baissés.

Pourtant sur les écrans , apparaissent les murs de la chambre noircie par le feu et le corps en partie carbonisé sur le lit médicalisé de Mireille. A la barre l’ancien brigadier chef  de la PJ responsable de l’enquête sans notes et d’une voix monocorde raconte les bras recroquevillés de la vieille sur le dos et les jambes qui touchent presque le sol et un rapport comme il dit « très difficile ».

Le président demande qu’on ne projette pas les images suivantes « trop difficiles  pour les parties civiles ». L’avocat Gilles-William Goldnadel se lève et lance « je ne vois pourquoi , il ne faudrait pas les montrer ». Daniel Knoll et sa compagne préfèrent sortir de la salle. Le silence règne lorsque les photos du visage, des mains et des plaies sont projetées. Le fils et le petit fils de Mireille Knoll fixent toujours les accusés qui ne bronchent pas mais sont loin d’être bouleversés. La cour, elle, est touchée.

Dans la cuisine, à côté d’un torchon calciné, les quatre boutons de la gazinière sont ouverts, mais le robinet d’arrivée de gaz est fermé. « Onze étages multipliés par deux appartements, ça fait beaucoup de familles, note le président. Une explosion, ça aurait pu être une catastrophe! »

Et lors de sa première audition, Yacine Mihoub, le fils de la voisine du septième, n’avait pas évoqué la présence d’Alex Carrimbacus, fait remarquer Me Gilles-William Goldnadel, au policier qui témoigne: « Il ne vous a pas dit d’emblée: ‘J’ai fait une énorme bourde, j’ai fait entrer celui qui a massacré celle que je considérais comme ma grand-mère’? » « C’est quand on va lui annoncer les résultats de l’autopsie qu’il s’effondre, lui répond l’enquêteur. Quand il comprend qu’on voit quand même les plaies, malgré le feu. » Lui qui n’a reconnu que le feu et pas les coups de poignards.

Dans l’après midi, un autre enquêteur  de la PJ va commenter les images de surveillance vidéo du bar l’Avenue (Philippe Auguste), où les deux jeunes gens sont allés boire après le crime. « On y voit Alex Carrimbacus complètement amorphe » et au contraire Yacine Mihoub tranquille, qui  rigole et parle à tout le monde. »

Dans la journée, Mihoub, qui adore faire des canulars téléphoniques, a trouvé le temps d’en faire trois. À 16h03, ce 23 mars, alors qu’il se trouve chez Mireille Knoll, il contacte les services d’urgence, le 112: « Vous m’avez appelé deux fois! », dit d’une voix sérieuse. Comment vous avez eu mon numéro? Je suis militaire, du 23e régiment. » Alors que l’interlocuteur des pompiers de Paris ne comprend rien. Mihoub conclut son gag par un : « Bon courage alors… Pas trop de feux, pas trop d’incendies! » Deux heures plus tard, l’appartement de Mireille Knoll était en flammes.

Michel Zerbib