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Les pères éplorés du Bataclan, la culpabilité des parents, la chronique de Michel Zerbib

Deux pères éplorés, côte à côte à la barre, ce n’est pas banal. C’est l’une des réalités de cette folie assassine du 13 novembre. Ces parents là ont raconté ensemble lundi la perte de leur enfant unique, Marie et Mathias, « les amoureux du Bataclan » fauchés en pleine jeunesse. Jean Francois Dymarsky le père de Matthias et Maurice Laush celui de Marie. Complices, ces deux papas meurtris parlent en alternant des phrases aussi fortes qu’essentielles.

Le selfie projeté sur grand écran derrière la cour d’assises spéciale de Paris montre  les deux visages juvéniles, lumineux : Marie Lausch a le bras enlacé autour du cou de son compagnon, Mathias Dymarski, et lui embrasse la joue.

Cette photo a été prise  quelques semaines avant que Marie et Mathias ne  soient massacrés au Bataclan. Ils ont respectivement 23 et 22 ans et sont parmi les plus jeunes victimes de la tuerie. L’image avait fait le tour du monde. Six ans plus tard, c’est ensemble, prenant tour à tour la parole, que leurs pères honorent la mémoire de leurs seuls enfants.

Leurs deux enfants amoureux s’étaient rencontrés lors de leur année de terminale à Metz, à une fête d’anniversaire. « Mathias, qui était toujours entier, avait voulu séduire Marie, et s’était enduit le visage de Nutella car Marie était gourmande et cela avait marché », raconte en souriant Jean-François.

Ils s’étaient installés à Paris à l’été 2015 et projetaient d’aller vivre aux États-Unis. Leur rêve « Marie avait son petit prince Mathias. Elle était solaire, lumineuse, dynamique, ouverte sur les autres, humble et toujours souriante », répond son père, Maurice.

 Jean-François loue aussi un fils qui faisait « tout à fond », son travail dans le BTP, le BMX, et sa « première passion, Marie ». Les deux pères se rapprochent « dans la même peine » et sont devenus les membres d’une « famille sans enfant », Maurice et Jean-François ont traversé la tempête ensemble depuis 6 ans . « Le mot famille a du sens mais que veut dire famille quand vous avez perdu vos enfants. »

Ils ont quitté la  Moselle avec leurs épouses le soir du 13 novembre 2015, ils découvrent eux aussi le « capharnaüm » dans les hôpitaux, l’attente interminable puis « l’atroce réalité », la mort de leurs uniques enfants. Et c’est derrière une vitre à l’Institut médico-légal, qu’ ils ont pu voir quelques minutes à peine les corps de Marie et Mathias, « unis dans un linceul blanc », et « dû attendre dix jours pour pouvoir les embrasser dans un cercueil ».

C’est ensemble toujours qu’ils ont créé avec les amis du jeune couple la fondation Marie et Mathias, reconnue d’utilité publique pour son aide pour la jeunesse, dit avec enthousiasme et malgré la douleur, le père de Marie. « une association merveilleuse », dit maitre Reinhardt avocat de 300 familles dont celé de son neveu assassiné lui aussi .

Jean Francois Demarsky  s’adresse enfin aux accusés: « Non seulement vous ne nous avez pas divisés mais vous avez agrandi notre famille ». « Pas de haine, mais pas de pardon », ajoute le père de Mathias. Mais les deux hommes s’interrogent , eux aussi à voix haute « Trevidic avait annoncé un attentat dans un concert rock » « Pourquoi ne pas avoir placé un escadron devant le Bataclan ? », s’interroge dans une voix étranglée . Ces questions se font de plus nombreuses et le procès ne fait finalement que commencer. Les dépositions se poursuivent ce mardi.

Après avoir couvert les procès du gang des Barbares tueurs d’Ilan Halimi , celui d’Abdelkader Merah (où l’on reparle de Toulouse), de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher , en attendant un procès hypothétique du tueur de Sarah Halimi , il nous faut évidemment suivre celui des deux antisémites tueurs de Mireille Knoll. Je vous rappelle d’ailleurs que c’est Radio J qui avait très tôt révélé le caractère antijuif de l’assassinat barbare. Une dimension qui avait été hélas contestée comme pour Ilan Halimi au commencement de l’affaire.

Michel Zerbib