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Quelle efficacité pour la psycho-nutrition ? La chronique du docteur Serge Rafal

On estime qu’en France, 12 millions de personnes souffrent de troubles psychiques (tableaux anxio-dépressifs, troubles du comportement alimentaire, TOC, troubles de l‘attention et hyperactivité, bipolarité…), traités généralement par des psychotropes. Mais seulement un tiers d’entre eux réagissent bien au traitement, un tiers de façon partielle et un tiers sont en échec thérapeutique. 

Ils prennent assez facilement, peut-être trop, les tranquillisants (BZD) qui entrainent pourtant une certaine accoutumance et parfois des troubles de la mémoire, une somnolence, une diminution de la libido, mais ont une certaine défiance pour les médicaments de l’humeur qu’ils accusent souvent de modifier la personnalité en imperméabilisant les émotions.

Cette démarche dont l’intérêt est de plus en plus évident reste pour le moment discrète voire confidentielle chez nous, beaucoup plus utilisée par les Anglo-saxons (Australie, Canada, Royaume-Uni, USA). Mais ceci est en train de changer.

Le rôle des micronutriments est majeur puisque le cerveau fonctionne avec les acides aminés, les acides gras essentiels, les vitamines, minéraux et oligo-éléments, apportés par l’alimentation. Celle-ci intervient donc dans le fonctionnement des neurones, la synthèse des neurotransmetteurs, la transmission de l’influx nerveux et des messagers chimiques, la protection contre les intrus. Plusieurs méta-analyses publiées récemment confirment d’ailleurs leur implication avec un niveau de preuves élevé.

Des dizaines de neurotransmetteurs sont produits dans l’organisme, les 6 plus importants sont par ordre alphabétique : l’Achol, l’Ad, le Gaba, la dopamine, la NAD, la sérotonine. Ils sont synthétisés à partir des acides aminés (trypto, phénylA, acide glutamique) apportés par les protéines, en présence de cofacteurs vitaminiques (principalement du groupe B mais aussi C), de minéraux et d’oligo-éléments (cuivre, chrome, magnésium, Mn, Zn). 

Des chercheurs de Florence ont analysé 12 grandes études qui concernaient le régime méditerranéen. Elles ont réuni 12 millions de participants, suivis pendant 3 à 18 ans. Ils ont constaté une diminution de 13% des maladies d’Alzheimer et de Parkinson, de 9% des maladies cardio-vasculaires, de 6% des cancers et une mortalité globale réduite d’environ 10%. Ces résultats sont confirmés par une étude suédoise, publiée elle en 2016 et qui a porté sur plus de 70 000 personnes, suivies entre 1998 et 2012. Elle a conclu à un gain de vie de 2 années supplémentaires.

Le régime méditerranéen apporte les om-3, indispensables aux échanges inter-neuronaux et au bon fonctionnement du cerveau. On peut rajouter 1g par jour d’EPA face à un trouble de l’humeur ou du comportement. Il apporte également par les céréales, les sucres lents dont le cerveau est particulièrement friand et dépendant, puisqu’ils lui servent de carburant énergétique. Le régime méditerranéen apporte ensuite les antioxydants contenus dans les végétaux et les polyphénols. Et enfin les prébiotiques qui jouent sur les comportements des souris de laboratoire et probablement donc des humains. Il devrait être possible d’améliorer prochainement certains troubles psychiques, en administrant tel ou tel probiotique. Les travaux sont en cours pour conseiller la ou les souches les plus efficaces. 

L’alimentation, nous le savions, joue un rôle primordial pour la santé et aussi, nous le voyons, sur notre équilibre mental. Souvenons de Marcel Proust qui décrivait si bien le rôle d’une célèbre pâtisserie sur les pensées et l’humeur. Elargissons sa réflexion et envisageons dès à présent un traitement biochimique nutritionnel non seulement des maladies neuro-dégénératives et cardio-vasculaires mais également des troubles neuropsychiques.

Docteur Serge Rafal