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Le FPLP et la patate chaude de Benny Gantz

Trois jours après la décision des ministres israéliens de la Défense et de la Justice, la mise  hors-la-loi de six ONG palestiniennes pour leurs liens avec le mouvement terroriste FPLP, a déjà suscité des remous intérieurs et extérieurs. Les Nations Unies et l’Union Européenne ont exprimé des réserves, qualifiant de trop vagues les explications israéliennes et estimant que dans des décisions antérieures du même type, Israël n’avait pas apporté de preuve incontestable que des aides européennes aient servi à financer des activités terroristes.  Mais ce sont les Etats-Unis qui ont été les plus virulents dans leur réaction. Le porte-parole du Département d’Etat a rappelé que « le respect des droits humains, des libertés fondamentales et d’une société civile forte était vital à une gouvernance active et responsable ». Et surtout le porte-parole s’est étonné de ne pas avoir été averti à l’avance de la décision israélienne sur la mise au ban de ces organisations palestiniennes.

Une accusation catégoriquement réfutée par des sources proches du ministère israélien de la Défense. Toutes les informations nécessaires ont été communiquées en temps et heure à Washington. Nous n’avons pas mis les Américains devant le fait accompli, a expliqué en substance un haut responsable israélien. Il est effectivement possible que le message se soit perdu en route. Dès son entrée en fonctions, Naftali Bennett avait promis une transparence totale dans les relations avec l’allié américain. Le Premier ministre israélien escomptait ainsi rétablir la confiance avec l’administration Biden, dont les relations étaient nettement plus tendues avec son prédécesseur. Et c’était d’autant plus pertinent, que l’administration démocrate a fait des droits de l’homme un des paramètres fondamentaux de sa politique extérieure.

Mais l’affaire a aussi suscité des tensions à l’intérieur de la coalition israélienne. Les ministres Meretz ont été les premiers à monter au créneau. « Israël se doit d’être très, mais alors très prudent quand il s’agit d’imposer des restrictions à des organisations de la société civile palestinienne » a martelé le ministre de la Santé et leader du Meretz Nitzan Horowitz. Son collègue travailliste Omer Bar-Lev s’est quant à lui étonné que le ministre de la Défense n’ait pas soumis au préalable cette mesure au cabinet restreint de sécurité. « Et s’il n’y a pas d’éléments qui confirment leur dangerosité sur le terrain, pourquoi décider justement maintenant de classer comme terroristes,  des ONG qui fonctionnent depuis des années ?  » s’est étonné le ministre travailliste de la Sureté.

Les organisations visées avaient une façade pour la société civile mais elles appartiennent en réalité à la direction du Front Populaire de Libération de la Palestine, dont le principal objectif est la destruction d’Israël » avait indiqué le ministre Benny Gantz dans son communiqué publié vendredi. Le ministre de la Défense précisait que les six ONG employaient des membres du FPLP, qu’elles ont falsifié des documents pour collecter des fonds, qu’elles ont également fait du blanchiment d’argent et aidé au recrutement pour la branche armée de l’organisation terroriste. Volontairement ou non, Benny Gantz vient de rajouter une patate chaude dans l’assiette déjà chargée de Naftali Bennett.

Pascale Zonszain