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Procès attentats 13 novembre 2015: quand le sort s’acharne, une audience à pleurer, la chronique de Michel Zerbib

Un humour ici « politesse du désespoir » comme dit l’aphorisme et qui essaye de mettre à distance (si c’est possible) la description de l’horreur. Plusieurs témoins en ont fait montre dans ce procès si dur dans cette phase fondamentale qu’est le témoignage. Des petits moments de respiration alors que les récits nous coupent littéralement le souffle. C’est le cas de celui de Hans , veste kaki et cheveux longs, 43 ans à l’époque , qui veut témoigner « pour tous ces fantômes qui hantent » cette nuit du  13 novembre 2015, au concert des Eagles of Death Metal avec sa compagne Lou, rencontrée quelques mois auparavant. Ce couple se trouvait dans la fosse quand les trois terroristes ont pénétré dans le Bataclan. 

Hans se souvient très bien des « pétarades et de cette silhouette en ombre chinoise d’un homme qui tenait une arme ». Il ressent très vite une douleur qui le fait tomber au sol. Il est tombé sur une femme qui était déjà morte : « ce qui m’a frappé , c’est la quantité de sang qui coulait … comment était ce possible ? » Mais il comprend qu’il ne faut pas bouger. Faire le mort comme l’ont raconté plusieurs survivants. Mais il ne sait pas ou est Lou. Hans essaie de supporter cette douleur qui lui irradie le corps , il tente de se comprimer contre le corps de cette femme et empêcher son propre sang de couler . 

Quelques minutes plus tard , le terroriste Amimour fait exploser son gilet . Hans se souvient de « cette myriade de confettis qui retombaient …c’était assez joli . En fait, c’était répugnant », admet il. Mais attention le pire est à venir ! Certains spectateurs en profitent pour s’échapper de la salle. « Une tête est alors tombée sur mes pieds, ça ajoutait de l’inconfort à ma situation », lâche t-il avec un humour très anglais et puis carrément noir lorsqu’il poursuit « mes gestes étaient lents . J’essayais de faire rouler cette tête entre mes pieds ».

Hans se demande ou sont ces blessures son « corps commençait à le lâcher… des épanchements à l’intérieur de moi.. j’ai froid… je comprends que je commence à partir. » Drôlement encore il dit « tout le monde se demande ce que ça fait de mourir . Pour moi c’était médiocre. Je n’ai pas vu de lumière au bout du tunnel. J’ai pensé à personne, j’avais juste froid. »

Les policiers arrivent enfin à l’intérieur et le transporte dehors . « Une balle est entrée par la hanche, a démoli la rate puis s’est logée dans le poumon », raconte encore Hans qui est un miraculé car une autre balle lui a touché le crâne ! Il a d’autres cicatrices mais il ne sait pas ce c’est. Et Lou sa compagne ? Par chance, elle est sortie saine et sauve et c’est elle qui est à son chevet à l’hôpital puis dans les mois de rééducation. Mais ils ont survécu et peuvent aujourd’hui se réapproprier la rue. Vivants !

Dominique a 47 ans. « Je n’ai aucune violence envers les accusés car je ne veux pas m’abaisser à penser comme Daesh », dit elle d’emblée . C’est donc cette femme qui tente de reconstituer face aux juges les événements de sa mémoire traumatisée. Elle est de petite taille et elle n’est donc pas aller dans la fosse durant le concert. « Quoi tient une vie ? c’est peut être ma taille qui m’a sauvée ». En revanche sa mémoire n’ pas oublié le bruit terrible des kalachnikovs « je me sens piégée, je suis au sol, je ne vois rien ». Elle pense aux attentas de janvier, elle est désespérée « ce n’est pas de la peur ,c’est au delà. Elle va mourir sans pouvoir rien faire. »

Dominique ne se souvient pas comment elle a pu s’échapper. Elle est ratée de longs mois en état de sidération « J’ai l’impression d’être restée  là-bas , piégée par terre ». Mais ils ne l’ont pas eue et elle est libre « soyez heureux », conclue t-elle. On va essayer …

Non pas vraiment avec la photo de Philomène et de son fils Baptiste souriants , projetée à la Cour . Cette femme encore jeune, à la coupe courte et aux lunettes  veut raconter le parcours de son fils doux, solaire, à qui tout réussirait, jusqu’à ce terrible soir du concert, un cadeau de sa soeur. Sa vie c’est la mienne, sa mort c’est aussi la mienne. » Ce soir là Philomene veut se rassurer « sur 1500 personnes , ce n’est pas possible qu’il soit dedans ». Cette nuit sera longue entre espoir et désespoir. C’est la petite amie de son fils qui lui annonce sa mort.

Philomène passera rapidement sur l’institut médico légal et son manque d’humanité. Comme d’autres parents en deuil , elle a voulu savoir quels furent les derniers instants de son fils, « j’ai attendu des mois avant de savoir comment était mort Baptiste , s’il avait souffert , s’il avait eu le temps d’a voir peur… » Elle a tout lu , tout regardé pendant des mois. Aujourd’hui elle dit à la barre « que son fils a presque eu de la chance de mourir tout de suite, apparemment sans souffrir. En revanche, pour elle, six ans après la plaie est béante. 

Tatiana témoigne pour sa grande soeur Precilia , assassinée avec son compagnon. « Partie dans la plus grande barbarie et sans doute seule ». Ses deux enfants qui lui permettent « d’avancer dans ce deuil » ont comme second prénom celui de leur tante assassinée. Il faudra un jour que je trouve les mots pour leur expliquer dans quelle violence leur tante a disparu. »

Son père, lui, est mort de chagrin raconte t-elle dans son récit qui a fait pleurer la salle.

Tatiana est poursuivi par le sort. Elle s’est retrouvée à nouveau dénaturée un attentat islamiste « j’habite dans la rue de l’école de Samuel Paty ». Son fils est scolarisé dans l’école du professeur décapité …

Michel Zerbib