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Ca continue d’avancer dans la maladie d’Alzheimer, la chronique du docteur Serge Rafal

Cette maladie qui touche autour d’un million de personnes en France, 750 000 diagnostiquées avec certitude, fait l’objet de recherches incessantes de la communauté scientifique donc de progrès dans sa compréhension et bientôt nous l’espérons dans ses traitements. Cette maladie neuro-dégénérative, caractérisée par une perte progressive de la mémoire et de certaines fonctions intellectuelles (cognition), conduit pour le moment à une détérioration inéluctable de la qualité de vie et de l’autonomie.

Les troubles de la mémoire en sont l’aspect redouté le plus connu. S’y associent : – Des troubles du langage ; – La non-reconnaissance des objets ou des personnes ; – La perte des fonctions exécutives. Cette évolution est toutefois variable d’un individu à l’autre, les symptômes n’apparaissant pas tous en même temps et avec la même intensité.

Les causes précises ne sont pas totalement identifiées mais les scientifiques commencent à nous apporter des éléments de réponse. La maladie est caractérisée par l’accumulation à la fois de dépôts extra-C/r de protéines amyloïdes qui s’agglutinent et de dépôts intra-Cr de protéines tau filamenteuses qui entraînent la mort progressive des neurones, d’abord de la région hippocampique (indispensable à la mémoire) puis de l’ensemble du cortex cérébral, expliquant ainsi les symptômes.

Nous n’utilisons plus ce terme qui est péjoratif et peu précis même si la maladie d’Alzheimer en constitue bien sûr la cause la plus fréquente. Elle augmente exponentiellement entre 65 et 85 ans, double environ tous les 5 ans, touche le quart de la population après 80 ans, 2 fois plus de femmes que d’hommes. Mais la démence peut être également d’origine vasculaire (deuxième cause derrière la maladie d’Alzheimer), fronto-temporale (deux régions anatomiques du cerveau) ou à corps de Léwy (dépôt ici d’une protéine fibrillaire, l’alpha-synucléine). 

C’est une maladie multifactorielle complexe mais indiscutablement liée à l’âge et à des prédispositions génétiques (un gène sur le chromosome 19 est à présent identifié, c’est le plus connu) qui augmentent le risque. Il existe aussi des facteurs de risque vasculaires, qui non traités viennent déclencher ou aggraver le déclin cognitif. Et également des facteurs sociaux démographiques (mode de vie, état de santé) et environnementaux (lieu de vie) qui interagissent. Ce qui est bon… ou mauvais pour le cœur l’est de la même manière pour le cerveau et vice-versa.

Ca n’est pas vrai. Les milieux favorisés sont en principe plus avertis et plus ouverts à la prévention. Et ils arrivent à masquer plus longtemps leur déclin cognitif grâce à leur vocabulaire et à ce qu’on appelle une « réserve cognitive ». Ce concept repose sur l’hypothèse que le cerveau est capable chez eux d’utiliser des réseaux neuronaux préexistants ou d’activer d’autres circuits afin de mettre en place des mécanismes de compensation et de retarder ainsi l’apparition ou l’extériorisation des symptômes.

On fait le diagnostic de la maladie d’Alzheimer par l’association des symptômes et l’imagerie (IRM ou pet-scan), surtout indispensable pour éliminer une autre cause que la maladie d’Alzheimer.

C’est utile de faire un diagnostic tôt car ça va permettre d’anticiper et de préserver la qualité de vie en proposant des traitements médicamenteux qui, même s’ils ne sont pas d’une efficacité redoutable, vont néanmoins protéger au moins partiellement les neurones. Et d’y associer précocement les indispensables mesures de stimulation sociale et cognitive. C’est ainsi que des séances d’orthophonie, d’ergothérapie, de psychomotricité vont être utiles. Sans oublier le conjoint qui lui aussi souffre moralement et s’épuise si on ne l’aide pas, ce que nous connaissons à présent sous l’appellation explicite « d’aide aux aidants ». 

a recherche avance vite, des médicaments plus efficaces vont arriver. Ne laissons surtout pas les malades sans soins, livrés à eux-mêmes, au conjoint ou à l’institution. Tâchons par tous les moyens de communiquer avec eux en leur parlant, en leur souriant, en les touchant, en leur prenant la main…. comme le conseille avec beaucoup d’humanité, le Dr Véronique Lefèvre, géro-psychiatre dans son livre « Que faire face à Alzheimer ? » aux éditions du Rocher.

Docteur Serge Rafal