La Radio Juive

Une autre génération se souvient de Rabin

(Crédit: DR)

Ce 18 octobre, c’était la 25ème fois que l’Etat d’Israël marquait l’anniversaire de l’assassinat d’Itzhak Rabin survenu le 4 novembre 1995. Le cérémonial est désormais devenu familier, tout comme le sont ses acteurs. Cérémonie à la maison du Président, cérémonie au cimetière du Mt Herzl, cérémonie à la Knesset. Quant au rassemblement sur la place des Rois d’Israël, rebaptisée place Rabin après le meurtre du Premier ministre israélien, il s’est réduit au fil des années, parce que les jeunes qui allumaient des bougies en 1995 ont 26 ans de plus et que leurs cadets et leurs enfants se sentent moins personnellement touchés par le drame.

Hier pourtant, il y avait quelque chose de différent. Ou plutôt des personnages différents. Les rôles n’étaient plus tenus par les mêmes acteurs. Itzhak Herzog, aujourd’hui président de l’Etat d’Israël n’était pas encore entré en politique. Naftali Bennett, aujourd’hui chef du gouvernement israélien n’avait que 23 ans et était encore jeune officier dans les rangs de Tsahal. Ni l’un ni l’autre n’étaient encore aux affaires quand Itzhak Rabin a été assassiné. Itzhak Herzog avait emmené son jeune fils au rassemblement sur la place de Tel Aviv. Naftali Bennett sortait du cinéma avec sa fiancée et des copains. Ils étaient presque comme tous les autres Israéliens qui allaient prendre en pleine figure le choc inouï du drame. En les écoutant hier raconter leur expérience, leur souvenir de l’assassinat, on a entendu quelque chose de plus proche et surtout de moins chargé que les récits de ceux qui les avaient précédés aux fonctions de président et de chef de gouvernement.

Comme l’événement avait changé la vie de tout le pays et de chacun de ses citoyens, il a certainement changé celle d’Itzhak Herzog et de Naftali Bennett. Et surtout celle de Naftali Bennett. Le Premier ministre a raconté pourquoi l’assassinat de Rabin l’avait décidé à porter de nouveau la kippa, qu’il avait abandonnée au début de son service militaire. « Il était important pour moi que mes soldats sachent exactement qui je suis », a expliqué celui qui a fixé à ce moment-là son identité de religieux sioniste. « Et pourtant, ce n’était pas simple de porter la kippa après l’assassinat de Rabin » a reconnu le Premier ministre. En quelques mots simples, Naftali Bennett a résumé ce qu’avaient ressenti à l’époque presque tous les Israéliens religieux. Un profond sentiment de division du peuple et d’être tenus pour collectivement responsables de l’acte du meurtrier. « Ce n’est pas la droite ni les religieux qui ont assassiné Itzhak Rabin, c’est Yigal Amir. On ne doit pas ostraciser une collectivité entière pour la faute d’un seul » a affirmé le Premier ministre.

Cette prise de conscience n’est certainement pas nouvelle, mais elle prend une autre résonance, par la voix de nouveaux leaders, mais aussi de par les événements de ces derniers mois. Jamais probablement depuis les divisions qui avaient accompagné les accords d’Oslo et la politique de Rabin, on n’avait assisté à une telle tension dans le débat public israélien. La fièvre et la violence verbale des manifestations appelant à la démission de Benyamin Netanyahou puis de celles qui dénonçaient la coalition qu’étaient en train de former Naftali Bennett et Yaïr Lapid se sont apaisées. Mais le seuil d’alerte n’est jamais loin. C’était une bonne occasion de s’en souvenir.

Pascale Zonszain

LE 19-10-21 - 09:46