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L’entraide et l’humanité dans l’enfer du Bataclan, la chronique de Michel Zerbib

La topographie de la salle est très importante pour comprendre comment certains ont réussi à s’échapper au massacre et d’autres non et la cour projette régulièrement le plan sur les écrans lorsqu’ils viennent témoigner .

Le soir des attentats au Bataclan, ces spectateurs étaient donc au balcon. Les rescapés ont  réussi à se réfugier sur une plateforme ou sur le toit en  s’entraidant. 

Pour assister au concert du groupe Eagles of death metal, ils avaient choisi de ne pas descendre dans la fosse, mais de se poster au balcon. Le concert affichait complet ce 13 novembre 2015, au Bataclan : 1 500 personnes étaient présentes.

Toujours est il que cette position dans la salle , la possibilité de monter  des marches, ce soir-là, leur a sans doute sauvé la vie. « On est allé au balcon car ma femme n’aime pas les mouvements de foule. Avec le recul, je me dis que ce fut une vraie riche idée », dit Olivier, devenu vice-président de l’association Life for Paris et qui s’en veut tout de même d’avoir trainée sa femme fatiguée au concert « riche idée » ajoute le rescapé dans un sourire. Car aux audiences , il y a parfois des petites respirations d’humour.

Dès les premières rafales, dans la fosse, les spectateurs  tombent. A l’étage, les gens s’accroupissent ou tentent de rejoindre une éventuelle issue de secours qui serait en bas de l’escalier. Mais pas d’issue en fait .

D’autres se retranchent dans une petite loge. Emilie Forquin et son mari Nicolas font partie de ces personnes. « C’est leur Bataclan à eux ». C’est à deux qu’ils vont essayer de survivre  Son mari tente de la rassurer. Emilie aperçoit dans la pièce un petit garçon de 7 ans, avec des écouteurs verts que lui avait mis sa maman pour le protéger du bruit. La mère est à quelques mètres de lui. « On est tellement serrés que j’ai peur qu’il manque d’air », raconte Emilie  qui décide de rassurer le garçon. « Ce petit garçon l’a aidée à se reconcentrer, à ne plus paniquer », selon son mari qui dit que c’est le petit qui l’a aidée en fait. Emilie raconte aussi le rôle de Clarisse « notre James Bond à nous » qui défonce le faux plafond pour accéder à une plateforme après qu’une trappe ait été ouverte .

Fragile , cette cache permet d’être un peu plus à l’abri au cas où les terroristes monteraient à l’étage. “Il y a eu de la solidarité, de l’humanité, de l’entraide”, atteste Nicolas, le mari d’Emilie. Pas de bousculade pour accéder sur cette plateforme. 

Les hommes les plus forts aident les moins souples à grimper en s’appuyant sur le réservoir des toilettes. Notamment Jérôme, 46 ans à l’époque qui a fait son service militaire dans un Rima. Il ne ménage pas ses efforts. Il sauve pas mal de gens. « Si on doit me remettre une médaille, ce n’est pas à moi de la demander dit il drôlement. Le petit garçon et sa mère passent en premier dans le calme et l’organisation malgré la peur et le bruit terrorisant des fusillades qui n’en finissent pas .

Emilie, femme « voluptueuse » comme l’a décrite Jérôme ne se sent pas la force d’y arriver. C’est donc grâce  aux efforts de Jérôme, d’un autre individu et de son mari, qu’Emilie est  enfin sur la plateforme. « C’est grâce à cette solidarité qu’Emilie a réussi à grimper. » « Et aussi un peu parce qu’elle m’a mis son pied  là » dit en riant Jérôme qui montre  le pied qu’elle avait posé sur sa tête.

Enfin sur la plateforme, chacun essaie d’alerter la police, ses proches par SMS et attend l’intervention de la BRI. Il ne faut pas faire de bruit. En dessous de la plateforme, c’est la scène, « c’est l’enfer. On entend des râles d’agonie, des hurlements qui commencent à ne plus ressembler à des voix humaines », raconte avec tristesse Nicolas. 

Mais ils sont sauvés, c’est miraculeux .

La BRI donne l’assaut, ils sortent par les combles et passent guidés par la police avec des balises lumineuses devant le bar . Ils voient ces confettis de chair éparpillés sur les murs et regardent vers la fosse ou les corps sans vie sont enchevêtrés. Nicolas pense aux images des camps de concentration et s’en excuse. Il ne pourra plus jamais oublier le corps d’une jeune femme qu’il fixe du regard « comme si elle dormait ».

Même si Emilie « est morte ce jour là » comme elle dit , elle peut témoigner de l’humanité des rescapés. Beaucoup ont tendu la main. Le couple a retrouvé plus tard leurs compagnons d’infortune croisés ce soir là. Il sont devenus des amis , « la famille du 13, cabossés de la vie », mais vivants !

Là aussi ce sont trois hommes qui vont aider les gens à grimper sur le toit ou une fenêtre d’un appartement est accessible. Son propriétaire , un étudiant va y accueillir une vingtaine de personnes ; parmi elles un couple encore , Nicolas et Danièle , arrivés en retard. Il n’iront pas dans la fosse comme d’habitude. Le destin . Ils seront sauvés. Ils sont au tribunal cote à cote 

Sont-ils vraiment  des victimes, s’interrogent ils car ils n’ont pas été blessés physiquement  ?

 Sont-ils légitimes par rapport à ceux qui étaient dans la fosse ? « Si on était en vie, c’est parce que d’autres étaient morts », dit le  couple venu de Troyes qui s’est caché pendant une semaine après les tueries. « Je ne me sens pas légitime par rapport aux vraies victimes. »

Plusieurs témoins ont encore décrit lundi la culpabilité ou l’incompréhension d’être en vie. Certains ont hésité à venir témoigner. Charles, handicapé et rescapé du balcon répond à tout cela  de belle manière en s’adressant aux accusés : « Le 13 novembre, j’ai été forcé de ramper comme une bête traquée. Aujourd’hui, je suis debout. Vous avez échoué. » Non ils ne gagneront jamais !

Michel Zerbib