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Procès attentats 13 novembre 2015: chaque récit est unique au Bataclan, la chronique de Michel Zerbib

D’abord je vous avais déjà expliqué que ceux qui portent les colliers oranges sont ceux qui sont censés rendre compte de qui se dit et se passe au tribunal. Nous sommes en fait les témoins des témoins. On essaye de raconter ce qu’ils racontent et, tous les confères le disent les confrères , les plus chevronnés de la chronique judiciaire, c’est si difficile en fait. Car chaque témoin, en effet ,a raconté à sa façon le Bataclan. Je m’y essaye depuis le 6 octobre , sur cette partie là ,des massacres. Comment dire chaque terreur éprouvée, chaque mare de sang sur laquelle on marche et parfois sur les corps.

Comment dire le bruit des rafales, les râles des agonisants, l’odeur du fer , de la poudre et du sang  qui émanent des chairs meurtries. Retransmettre les derniers regards échangés, les pensées que l’on pensent les dernières . Pour tous les rescapés, les miraculés, dire la sensation d’une mort certaine qu’on veut la moins violente et douloureuse possible. 

Évoquer leur courage et parfois leur lâcheté, leurs d’être encore en vie mais aussi leur désespoir. Et ce sentiment de culpabilité, que je vous ai souvent narré, d’être en vie pour transmettre cette part de témoignage, pour que l’on sache. Mais toujours proclamer leur humanité.

Désenfantées , une de ces mamans endeuillées va inventer ce néologisme pour dire au plus près sa souffrance. Désenfantées … La cour projette le visage d’une petite fille blonde souriante, sur l’écran de la salle d’audience. Le président accepte volontiers de la faire. C’est celui de Caroline Prénat qui a été assassinée à l’âge de 24 ans au Bataclan. Sa mère Florence est à la barre ce  vendredi 15 octobre et s’adresse à elle en regardant l’image projetée devant la cour d’assises spéciale de Paris. « Je suis venue parler de toi ». Je vous ai je déjà dit que la majorité des victimes avaient entre 20 et 40 ans. Leurs mères sont sont encore jeunes.

Florence a remercié tous ceux qui se sont occupés de sa fille dans les derniers instants qu’elle « n’a pu prendre dans ses bras ». Elle remercie Maud qui est morte enlacée avec sa fille. Mais aussi le commissaire de la BAC qui lui a annoncé la mort de Caroline  » avec douceur et humanité ». Il lui a fallu huit mois pour découvrir les circonstances de la mort de sa fille « d’abord blessée au genou et dans le haut de la cuisse » puis tuée d’une balle dans le crâne alors qu’elle tentait de fuir avec Maud. « Tu as eu peur, tu as souffert, tu es morte dans la terreur. » « Moi je suis une maman désenfantée. On a tué la chair de ma chair au pif, sans savoir, sans âme, sans humanité. » A ses cotés se tient son fils qui ne parle pas.

« Ceux qui t’ont tuée étaient du même âge que toi , ils ne savent pas ce que c’est de perdre un enfant. » Florence avait du faire face à un cancer et à la chimie après la mort de sa fille et là se tourne vers son fils, « tu m’ as aidée , écoutée , consolée, de plus tu m’as offert un petit fils, un trésor un petit bout de toi. »

Sylvie l’autre mère endeuillée a eu aussi la joie d’avoir un petit fils « c’est le miracle de la vie , cela m’aide à vivre » dit la mère d’Elodie , une amie de Caroline tuée à 23 ans dans la fosse ‘d’une balle dans la tête , elle qui avait « la joie sur son visage » cette jeune blonde aux yeux bleus . Elle s’adresse aux Djihadistes avec force et une certaine naïveté « à quel moment , un jeune homme bascule et devient terroriste? » Et dit se mettre à la place des parents de ces gens là « je me dis qu’ils doivent être aussi être malheureux de ne pas comprendre pourquoi leur enfant en est arrivé là. »

Des incidents qui ont commencé  alors que témoignaient à la barre les rescapés étrangers. Mohamed Abrini a éructé « avec ces gendarmes , avec cette équipe d’handicapés , c’est tous les jours des problèmes », Le président consent à lui donner la parole. Abrini voulait discuter avec son « pote » Abdeslam.

Le président lui redit l’interdiction de communiquer. Abdeslam veut quitter le box. Interruption de l’audience et Jean louis Peries affirme: « C’est au président qu’il appartient de régler ce qui se passe à l’intérieur , je crois que je vous respecte alors respectez la cour. »

Michel Zerbib