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Procès attentats 13 novembre 2015: 3 héros: un survivant et les 2 policiers de la BAC, la chronique de Michel Zerbib

Tom, ce jeune homme tatoué et à la coupe de cheveux  étrange . A la 6 ème chanson des. Eagles of death metal , il entend une détonation , il croit que c’est rock and roll décidément mais en se retournant , il voit le trou dans le ventre d’un spectateur . Il rampe en essayant de ne pas perdre de vue son ami Arthur << j’ai vu les corps dans la fosse , j’ai senti le sang et les selles … je suis à coté d’un Espagnol qui crie et qui pleure son ami mort . Je lui demande de se taire .. le terroriste nous voit et s’avance vers nous , c’est fini pour nous , je pense >> le terroriste arrive et les braque , il lâche une rafale . L’homme est mort , pas lui ,qui fait semblant de l’être  .

 Tom rouvre les yeux et voit Arthur en train d’être piétiné par le mouvement de foule . Il court vers lui , une main le retient par le pied mais « je fais un calcul trois , ce n’est pas lui que je vais récupérer », se dit il Il prend son ami sonné et va tenter de sortir à la faveur d’une accalmie . Il décide aussi de sauver une jeune fille ; il l’a prend dans ses bras avec Arthur qui s’agrippe. Deux anglais sont devant lui , il lève aussi l’homme très lourd qu’il déposera dans un immeuble dans la rue après être sorti. Tom vient de sauver plusieurs personnes. Cela n’empêchera pas ce héros de tomber dans l’alcool, la drogue et les médicaments. La peur de la foule, l’impossibilité de sortir de chez lui, des heures devant sa porte. Il sombre. « A la personne que je n’ai pas sauvée , je dis pardon à ses parents , je fais ce cauchemar tous les soirs ou je le vois , comprenant que je ne vais pas le sauver dans son regard. J’espère que j’arriverai un jour à me pardonner. » Lui qui avait toujours essayé de défendre les gens « s’est dégouté » et après deux tentatives de suicides, il renait grâce a sa famille qui a redonné le gour de la vie et de l’amour. Aujourd’hui , il crée des shows des en live (vivant !) pour rendre hommage à ceux qui n’ont pas eu sa chance .

« Je suis celui que le terroriste a été mis en joue sur la scène », Guillaume est l’un des rares survivants du Bataclan qui a parlé avec l’un des trois tueurs de Daech. C’est Sami Amimour qui a braqué sa kalachnikov sur  le jeune homme. les premières rafales ont déjà fait un massacre au  Bataclan. Profitant d’une courte accalmie , une dizaine de minutes après le début du carnage, le fameux  commissaire de la BAC, accompagné d’un autre policier, entre dans la salle. Ils n’ont pas de grosses armes.

Guillaume raconte: «Lorsque les tirs ont cessé, j’ai entendu les deux terroristes montés au balcon expliquer pourquoi ils attaquaient. Je décide d’en profiter pour prendre la fuite (par une issue de secours, à la gauche de la scène), sauf que j’entends des bruits de pas sur des marches en bois».  C’est Sami Amimour : «Sa démarche est nonchalante, il tient son arme par la crosse comme un jouet, on pouvait s’attendre à une démarche plus professionnelle. Nos regards se croisent. Il n’a pas dû croiser beaucoup de regards ce soir-là… Dans le sien, je crois comprendre qu’il ne me tuera pas, du moins pas maintenant. Peut-être voulait-il faire durer le moment, par cynisme… Il me dit: “Tu es avec nous, lève-toi, lève-toi”». «Lève-toi ou je te tire une balle dans la tête!» vocifère Amimour qui demande à Guillaume de venir avec lui sur la scène: «Je me retrouve bras en l’air, côté cour. Je constate alors l’étendue des dégâts dans la salle», jonchée de cadavres, de moribonds et de blessés. Le terroriste le tient en joue . Guillaume a décrit la scène : «Aussitôt le terroriste du balcon m’interpelle: “Qu’est-ce que tu fous là?” Amimour répond: “C’est bon, il est avec nous”. Le balcon crie: “Je vais te tirer une balle dans la tête, couche-toi!” Je réponds: “Je suis avec vous!”, une façon d’apaiser son excitation.»

C’est alors que Guillaume aperçoit, de l’autre côté de la fosse, côté entrée, «deux ombres» qu’il sent «bienveillantes». Ce sont les deux policiers de la BAC. Les deux policiers tirent sur les terroristes qui le mettaient en joue ! «Je profite de cette fenêtre pour sauter de côté et sortir de la salle», explique Guillaume qui entend une explosion . C’est Amimour qui a déclenché son gilet piégé. Heureusement il n’est pas touché . 

Une semaine après dit il « j’ai la chance d’être contacté par le commissaire et l’on s’est rencontré » Pour Guillaume c’est capital pour son processus de reconstruction . Son sauveur avant et après l’attentat. Il clame à la cour sa haute considération pour ces policiers au courage inouï . Le Président du Tribunal , très apprécié d’ailleurs dans ces assises, lui demande s’il a eu besoin de soutien psychologique . Guillaume répond « pas vraiment ». C’est lui aussi un miraculé !

Michel Zerbib