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Procès attentats 13 novembre 2015: les survivants ont pris perpétuité il y a 6 ans ! La chronique de Michel Zerbib

Tous les rescapés racontent à leur façon leur descente vers la mort ;et l’ on s’imagine, dans leur récits ,à leur place. Qu’aurions nous fait dans ces circonstances si incroyables, si violentes et si irréelles comme le disent tous les survivants ? On parlait lundi de cette culpabilité d’être en vie, c’est celle d’avoir secouru un proche plutôt qu’un voisin (choix atroce) ou de n’avoir pu sauver son voisin. Des récits qui disent la véritable tombée aux enfers de ces rescapés. Ils décrivent avec beaucoup de finesse, de sensibilité et d’intelligence pénétrante « la perte de soi même », de vivre l’après « avec un autre soi même » qu’on ne connaît pas. Ce défilé de douleurs pourrait paraitre de trop ou répétitives , engendrer la lassitude. Mais en fait la cour est encore et toujours bouleversée par les paroles de ces miraculés qui disent que ce sont eux qui ont pris la peine de perpétuité !

C’est le cas de Maureen (nous ne citons pas son nom à sa demande) 34 ans donc 28 à l’époque qui raconte au début de l’attaque se retrouver au sol au dessus de la fosse quand les Kalachnikovs crépitent. Elle ne comprend plus ou elle est. L’un des terroristes lui marche dessus, lui écrase le bras pendant qu’ils tirent sur les spectateurs du concert en contrebas « la sensation est là comme une empreinte , une oppression », confie- t -elle. Elle essaiera de revivre mais se rend compte qu’elle était dans le déni et un matin son « corps et sa tête ont lâché ». Elle ne se lève pas ; elle craque comme son mariage et sa vie professionnelle devient chaotique . « c’est comme si on est dans le corps d’une personne qu’on ne connait pas. On a tous pris perpétuité , alors on va tenter d’aménager notre peine (jeu de mot) finit elle en s’adressant aux accusés ».

Richard avait 43 ans , une compagne et deux filles , un amoureux des concerts « un concert , un live c’est la vie », « je ne savais pas qu’il symboliserait la mort ». Il reçoit une balle dans la jambe dès le départ « j’ai l’impression qu’on agrafe ma cuisse au sol », « tout paraissait irréel , du sang partout et cette odeur, j’allais mourir sans dire au revoir ». Richard , lui aussi le dit « je n’ai plus d’emprise sur ma vie , j’en suis spectateur ». Heureusement Richard s’est marié en béquilles avec Audrey mais se sent coupable de s’en être sorti sans ses deux amis. Culpabilité ! 

Un humour British qui dit les choses les plus terribles . Benjamin a cauchemardé pendant longtemps qu’il les « tuait , les massacrait mais je mourrais toujours à la fin », dit il drôlement. « Les gens tombaient comme les blés au vent qui se couche ». Quand les trois terroristes pénètrent dans le Bataclan , il se trouve à trois mètres de leurs armes , il s’allonge quand l’un des tueurs , Mostefai vient mitrailler au dessus de lui . Et lui aussi va dire que c’est comme une expérience extracorporelle … « Je vois mon propre visage avec une expression d’horreur ». Il parvient à se cacher dans les toilettes . Sa mère lui envoie un sms pour lui dire de faire attention aux fusillades dans Paris  . Il répond oui maman ils sont avec moi . Celle ci lui dit de ne pas plaisanter avec tout quand même .Benjamin va tenter une sortie et Mostefai monte vers le balcon . Il voit curieusement  l’arme baissée du terroriste qui lui lance « t’en fais pas , je ne vais pas te tuer », « mais il tire et ma compagne d’infortune est blessée ». Lui veut mourir vite mais le tueur n’achève pas son travail de mort. Miraculeux. Benjamin s’adresse pour finir aux accusés dans le box: « Il n’est jamais trop tard pour avoir du courage et demander pardon. » Mais le président , cette fois , ne donne pas la parole à ces derniers . Les victimes lundi attendaient quelque chose de ceux là.

Michel Zerbib