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Procès attentats 13 novembre 2015: les héroïnes modestes du Bataclan, la chronique de Michel Zerbib

J’utilise ce terme de pogrom et on le comprendra au fur et à mesure de ces audiences à quel point ce massacre des spectateurs de Eagles of death Metal l’a été en raison de leur appartenance supposée au camp des « mécréants » comme les islamistes (et sur le banc) le disent. La tuerie méthodique ce soir là, orchestrée par ces Daeshiens, les 90 morts, les dizaines de blessés graves et leurs motivations idéologiques nous rappellent l’histoire des pogroms sous les tsars ou ceux des nazis. Une dimension de massacre ethnique se révèle, on en reparlera.

Les journalistes sont revenus en nombre pour cette première journée consacrée aux témoignages des survivants de la salle de spectacle. Des rescapés qui sont venus raconter l’horreur qui les a traumatisés à jamais mais aussi chercher des réponses et les voies nécessaires et possible à ce qu’on appelle la reconstruction. Vivre rapprendre à vivre, trouver un sens à cette survie souvent miraculeuse selon leurs récits. Entre quinze et vingt auditions par jour pendant 4 semaines pour des hommes et femmes qui se sentent comme appartenant à une même famille, une famille à même de comprendre ce qui semble indicible pour ceux qui n’ont pas vu ou vécu le carnage. Ceux qui ont accepté de parler, et ils ne constituent pas la majorité des témoins ,le font comme l’a dit Bruno un survivant parce que ce « procès parle de nous » autant y participer et parfois s’adresser directement aux 14 accusés présents. Un face à face que le président du tribunal laisse s’installer sans donner la possibilité de réagir aux interpellations des parties civiles. Le maitre des débats tolère parfois les prise de paroles spontanées des terroristes. Une ambiance donc très tendue comme hier.

Parce que le premier de témoin Isaac Toure est formel. Pour lui ils étaient quatre « quatre face à nous » « 4 j’insiste face à nous » mais la Cour lui explique qu’il est le seul à l’affirmer car sur place on a retrouvé trois corps et trois kalachnikovs. Son témoignage succinct laisse place à celui d’une femme, Irmine blonde, la cinquantaine qui se trouvait à l’entrée de la salle de concert quand l’attaque survient « je me retrouve au sol face à terre dans le noir .. j’entend crier des voix juvéniles qui disent que la France n’a rien à faire en Syrie … LE PREMIER QUI BOUGE ON LE TUE ». Son ami, lui ne réagit déjà plus ; un homme crie sortez vite, ils rechargent leurs armes c’est le moment. Irmine regarde son ami Fabien méconnaissable et essaie de stopper l’hémorragie. Elle ne veut pas l’abandonner mais on lui dit de ne pas rester devant. C’est une rescapée modeste qui raconte à la cour qu’elle n’a pas été blessée mais le président lui rétorque au contraire qu’elle fait partie, avec ces graves blessures, aux seins une courageuse miraculée.

Fabien, lui, a été tué sur le coup. En le disant hier, elle est en larmes.

 La cour, pour être très informative, projette le plan du Bataclan et demande aux témoins de se situer sur celui ci. C’est ce que fait Jean-Marc Cherfils qui explique être allé dans la gueule du loup en descendant dans la fosse tombant nez à nez avec les terroristes qui tirent des rafales ; « j’ai fait le mort, face contre terre et la fusillade dure plusieurs minutes » quand les forces viendront le libérer il réalise l’ampleur du massacre et se demande comment il est encore vivant, « je suis un miraculé mais pourquoi ? Tout s’est dégradé dans ma vie » c’est le premier qui évoque les dommages psychologiques abyssaux. 

Cédric Bouhour raconte la foule qui tombe sur lui et lui broie la jambe et dit à sas femme de partir « ils nous tiraient comme des lapins , j’ai fait le mort pensant deux heures sans savoir si ma femme était vivante ». Pour sortir il fallait marcher sur des êtres humains. Comme d’autres le survivant s’adresse aux accusés « pourquoi nous ? », dit Cédric évoquant ses années de soins psys pour oublier. Sa femme est vivante.

Cette jeune femme de 30 ans espère alléger le poids de sa souffrance et bette une des voix de ceux qui ne sont jamais sortis du Bataclan . Cette fan de rock se dirige vers la fosse avec son amie , le concert bat son plein « j’adore voir le visage des gens dans les concerts, c’est merveilleux , ça va être une super soirée » se dit elle. Elles veulent boire et vont sortir de la salle  pour chercher de l’argent. Elles reviennent au Bataclan , la mort est là , partout , les terroristes sont derrière elle « ils vont me tuer c’est sur , vais je mourir ? Peut être le suis je  déjà ? Son cerveau automatique lui signale une porte de secours sur la droite  de la fosse . Elle attend qu’ils rechargent , elle inspecte ses membres , elle n’est pas morte et va s’accrocher a cette porte , bloquée !! « on gueule ouvrez cette putain de  porte ». Ça y est, Clarisse s’engouffre dans un escalier et arrive dans une loge mais il n’y a aucune sortie « de cette loge pourrie » mais le plafond est en placoplâtre « je me souviens de Golden Eye, James Bond et je défonce le plafond des toilettes » raconte t- elle haletante. Elle est poussée aux fesses par un autre compagnon d’infortune suivis par des dizaines d’autres, dans le plafond . Elle va ensuite aider des personnes à grimper, craignant d’être électrocutée ou être tuée par les terroristes, cachée sous la laine de vair. Elle arrive à faire un trou dans le mur avec un homme, Patrick, qui se révélera être un pompier. Elle veut qu’il la serre dans ses bras en attendant la mort dans des silences entrecoupés de tirs glaçants. Pourtant une cinquantaine de personnes à réussi à sortir par cette loge !

Michel Zerbib