(Crédit: Twitter)

Mobilisation contre la criminalité du secteur arabe israélien

Avec la crise sanitaire, l’insécurité dans le secteur arabe israélien est certainement le problème le plus grave qu’ait à affronter le gouvernement. Il ne se passe pratiquement pas un jour sans que l’on apprenne une fusillade, un règlement de comptes ou le meurtre d’une femme dans une localité bédouine du Néguev, un village de Galilée ou même à Haïfa. Depuis le début de l’année, on recense plus de 90 morts dans le secteur arabe israélien. Samedi, c’est à Kfar Kassem, en Galilée, qu’une patrouille de police a été violemment agressée, alors qu’elle effectuait une perquisition dans les locaux d’une milice privée du Mouvement islamique. Les armes illégales circulent sans que la police parvienne à les confisquer, les bandes armées se disputent le contrôle de certaines agglomérations, sèment la terreur parmi la population, et pratiquent le racket et l’extorsion en échange de leur protection. Dans le nord du pays, les violences se doublent de vols agricoles dans les exploitations juives. Dans le Néguev, l’insécurité déborde sur les routes et les localités juives comme Omer, ou Beer Sheva, où les parents n’osent plus laisser leurs enfants se promener seuls, craignant les agressions ou les balles perdues.

Naftali Bennett a présidé hier la première réunion du comité interministériel chargé du dossier. Le chef du gouvernement israélien a reconnu que la violence dans le secteur arabe avait atteint la cote d’alerte. « Le problème a été négligé durant des années, jusqu’à atteindre les dimensions monstrueuses que nous voyons depuis quelques mois » a affirmé le Premier ministre, qui a appelé la population arabe israélienne à coopérer avec les autorités. A ce stade, le premier objectif du comité interministériel sera de traiter directement toutes les manifestations de violence, par le maintien de l’ordre, la présence policière renforcée dans les localités arabes et la lutte contre le crime organisé et le trafic d’armes. Le chef du gouvernement israélien a annoncé que l’armée et le Shin Beth, les services de sécurité intérieure seraient mobilisés, sans que l’on sache encore sur quelles modalités. Il faut dire que la question est sensible, car il n’est pas question de revenir au gouvernorat militaire qui régissait la population arabe israélienne jusqu’en 1965. Mais la situation est devenue si grave que les Arabes israéliens eux-mêmes, y compris leurs élus locaux et certains parlementaires,  en viennent à réclamer des mesures exceptionnelles, comme l’intervention du Shin Beth, qui devrait utiliser ses ressources et ses moyens de surveillance contre la criminalité organisée comme il le fait contre les réseaux terroristes.

Ce n’est pas le premier plan de lutte contre la criminalité dans le secteur arabe. Mais c’est probablement le plus urgent. On a vu au mois de mai dernier, la flambée de violence en marge de l’opération Gardien des Murailles contre le Hamas. La crise est profonde et les symptômes alarmants. Il faut donc rétablir la sécurité, mais aussi la confiance des Arabes israéliens dans les institutions nationales. Et ensuite trouver les moyens d’apaiser de l’intérieur la société arabe israélienne. Mais ce sera un travail de longue haleine.

Pascale Zonszain