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Procès 13 novembre 2015: les vies brisées des rescapés se racontent à l’audience, la chronique de Michel Zerbib

Dans sa chronique numéro 5 ce vendredi à 8h17, au micro d’Ilana Ferhadian dans le Morning sur Radio J, Michel Zerbib, qui couvre le procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris pour Radio J est revenu sur les premiers témoignages des rescapés des attentats.

Les vies brisées des rescapés du 13 novembre se racontent à l’audience, les récits se succèdent et ils sont poignants et nécessaires. Ceux des survivants et parents des terrasses comme celle du restaurant Le Petit Cambodge Les victimes des attentats du 13 novembre 2015 se succèdent au micro de la grande salle d’audience. Et c’est l’un des buts de cette chronique quotidienne que de nous donner à entendre ces récits bouleversants et ces vies fauchées qui tentent de se reconstruire. Et souvent ces témoins trouvent une forme de grâce inouïe à parler au micro compte tenu de l’ultra violence qu’ils décrivent. Leurs dépositions font tous l’écho du  claquement des balles de kalachnikov. Ces balles  qu’on prend d’abord – ou qu’on veut prendre – pour des pétards de fête foraine. Tous et toutes disent l’odeur écœurante du sang qui se répand sur les trottoirs de Paris. Les cris des blessés hantent encore aujourd’hui les survivants qui n’oublieront jamais plus le râle des mourants.

Alice  29 ans, est «voltigeuse en main à main, artiste de cirque». Le 13 novembre, elle est au restaurant Le Petit Cambodge quand les trois tueurs en auto noire commencent leur besogne. 

Les tirs commencent , elle croit elle aussi à des petards Son frère Aristide, rugbyman, professionnel la plaque au sol dans un réflexe inoui et c’est lui qui reçoit plus de balles qu’elle. 

«J’ai été réveillée de ce cauchemar par des gens qui agonisaient autour de moi», raconte Judith dont l’un des bras a été irrémédiablement meurtri par les munitions de guerre. «Je veux continuer à faire rêver les gens, poursuit la gracieuse acrobate. J’ai travaillé avec mes porteurs pour voler autrement. On se bat pour garder de l’amour, de la joie, que cet épisode ne nous grignote pas toute notre vie.» Alice est lumineuse et forte avec sa voix douce , elle sait que son frère lui a sauvé la vie .

«Ma vie est devenue une montagne de douleur», témoigne Aristide 32 ans, dont la poitrine a été ravagée par une balle de calibre 7,62. Il s’est vidé de son sang, cinq de ses côtes ont été «pulvérisées», il a failli perdre son cœur. Aristide était un  sportif de haut niveau qui devait être sélectionné comme demi d’ouverture dans l’équipe d’Italie, mais il ne jouera plus au rugby. Le 13 novembre, il voit la voiture des hommes de Daech piler devant Le Petit Cambodge et le bar Le Carillon, jaillir un homme «qui ressemble à un ami à (lui) mais qui a une kalachnikov dans les mains».

Lui est persuadé que c’est sa petite sœur qui lui a sauvé la vie. Il a fait l’expérience de mort imminente, j’ai pris le coté de la vie mais Aristide n’aura pas échappé à un séjour à saint Anne en psychiatrie derrière lui aujourd’hui. Il veut comprendre et s’adresse aux accusés, il a encore foi en la justice et dit il j’attends de mes amis qui disent D.ieu est grand vivent eux aussi sans peur et sans honte. Le président le remercie pour ce message plein d’humanité. Il décerne d’ailleurs souvent des bonnes notes quand le témoin n’est pas dans la haine ou la vengeance.

oui après le récit de Yann 39 ans ce photographe d’art qui raconte le mitraillage du Petit Cambodge, les kalachnnikov qui arrosaient et lui et ses deux amis qui tapent vers la cuisine du restaurant. Il voit deux morts et aux urgences. Eux sont blessés mais en vie : je m’estime chanceux et tout ça pourquoi interroge t il en se tournant vers le box. Je ne suis pas dans la haine , la haine ça s’accroche et je n’ai pas envie , excusez moi messieurs , de vivre avec vous !

Vers 16h Abdeslam le terroriste veut s’exprimer. Le président hésite à lui la donner craignant la provocation. Il ne sera pas déçu : « ces victimes se sont revendiquées de l’Islam (deux sœurs témoins et survivantes d’origine malienne de religion musulmane dont la sœur a été tuée devant le petit Cambodge), je veux leur dire que nous visions seulement les mécréants , ce n’était pas voulu ! Franchement c’était un accident de notre part » rires jaunes et bronca dans la salle ; Le président coupe court et note « on a bien compris que vous faites la différence avec les non musulmans ».

C’est le témoignage de Yolande mère de deux filles fauchées sur la tarasse du Carillon qui va susciter la réaction d’un autre accusé Amri : « je n’en peux plus, je suis peiné, je n’ai pas dormi de la nuit , je prends la parole pour condamner toutes ce atrocités , je demande pardon aux victimes et leur fait part de la plus grande compassion. » Mais il rappelle toutefois à la Cour que les gens qui sont dans le box sont innocents ;

Michel Zerbib