(Crédit: COGAT)

Le secteur arabe israélien dans le rouge sanitaire

Quand 50 localités arabes israéliennes constituent l’essentiel des agglomérations rouges du pays, celles où le taux d’incidence est le plus élevé, on peut dire que la crise sanitaire prend un tour sectoriel. Depuis qu’Israël a été frappé par la quatrième vague de Covid, c’est dans le secteur arabe que les chiffres sont les plus préoccupants. A commencer par la faiblesse relative de la vaccination. Un million d’Arabes israéliens ont reçu au moins une dose de vaccin et parmi eux seulement 40% ont reçu la troisième dose. Certaines zones géographiques, et en particulier les localités bédouines non reconnues du Néguev, n’ont qu’un accès limité ou difficile aux centres de soins et aux dispensaires des caisses d’assurance-maladie, ce qui complique la campagne. L’information en langue arabe n’est pas suffisamment disponible. A la place, ce sont les rumeurs ou les fake news qui occupent le vide, propageant la crainte du vaccin et de ses effets supposés, en particulier auprès de la communauté bédouine. Résultat : plus de 75% des non vaccinés disent redouter les effets néfastes de la vaccination.

L’autre problème est celui du calendrier, et il devrait relativiser l’importance de la propagation du virus dans le secteur arabe. Au cours du mois de septembre, la population juive a été moins active à cause des fêtes. Les établissements scolaires sont restés fermés presque tout le mois, alors que les écoles ont continué à fonctionner dans la communauté arabe. Il est très possible que le taux de contamination moyen se rééquilibre entre les deux populations dans les jours qui viennent. De plus, c’est la hausse du nombre de tests de dépistage dans le secteur arabe qui a aussi fait grimper les chiffres de cas positifs. On est passé de 50 tests pour 10.000 habitants au début du mois d’août à 140 en septembre.

Le commissaire au Covid chargé du secteur arabe, Ayman Sif, confirme par ailleurs que le ministère de la Santé travaille à augmenter le nombre de centres de vaccination dans les localités arabes, y compris des unités mobiles qui permettent d’acheminer les vaccins vers les communautés les plus excentrées ou isolées. Par ailleurs, un important travail de communication a été entrepris pour répondre aux inquiétudes des non-vaccinés ou des parents qui hésitent à vacciner leurs enfants. Car rien ne fonctionnera si le public ne suit pas. Le Premier ministre israélien a lui aussi reconnu la nécessité de renforcer la campagne vaccinale auprès de la population arabe.

Les établissements scolaires sont d’ailleurs un des points sur lesquels se concentrent les efforts des services sanitaires, avec l’installation de centres de dépistage et de points de vaccination à l’intérieur des écoles et des collèges. Les élus locaux recommandent aussi de développer la communication entre la population et les soignants qui bénéficient toujours d’une bonne cote de confiance. La réussite de la campagne anti-Covid dans le secteur arabe israélien n’est pas seulement un impératif sanitaire. Alors que la communauté est en proie à une criminalité et une violence intérieures en hausse constante, le gouvernement doit convaincre la population arabe israélienne qu’elle n’est pas laissée en retrait.

Pascale Zonszain