(Crédit: Amos Ben Gershom/GPO)

Gouvernement Bennett : 100 jours. Et après ?

On ne donnait pas cher à la mi-juin du gouvernement accouché au forceps par le leader centriste Yaïr Lapid et le patron de Yamina Naftali Bennett. Et pourtant, il a passé cette semaine le cap des cent jours et ne parait pas encore au bord de la rupture. La coalition a même réussi ce qui semblait un tour de force, faire passer en première lecture le projet de loi de budget de l’Etat pour 2021 et 2022. Même s’il n’a pas vraiment eu droit à une période de grâce, c’est maintenant que le gouvernement israélien entre dans le dur.

D’abord et encore le Budget. Il reste deux lectures avant l’adoption finale et les écueils ne manquent pas. On a déjà eu un aperçu des difficultés qui attendent le gouvernement Bennett, notamment sur la réforme de la cacherout. Il y a aussi la reconnaissance des villages sauvages de la communauté bédouine dans le Néguev, qui reste une condition majeure posée par le parti islamiste Ra’am pour son maintien dans la coalition. Il y a encore évidemment le dossier sécuritaire. La situation dans les territoires palestiniens et en particulier dans la Bande de Gaza, où la trêve reste précaire, continue d’occuper les responsables de la défense israélienne, alors que la cavale de douze jours de 6 Palestiniens détenus pour terrorisme a rappelé qu’un nouvel embrasement est toujours possible. Si les tensions autour des évacuations du quartier de Sheik Jarrah à Jérusalem-est semblent s’être calmées, il reste toujours la question non résolue de l’évacuation du camp bédouin palestinien de Khan el Ahmar en Judée, qui pourrait relancer la violence sur le terrain, mais aussi des frictions diplomatiques. Quant à la menace iranienne, elle se fait de plus en plus pressante, que ce soit sur le front syrien ou sur le dossier nucléaire.

Mais avant tout, ce sont les questions liées à la crise sanitaire qui vont continuer d’occuper le gouvernement Bennett. La quatrième vague de Covid n’est toujours pas endiguée, alors que dans quelques jours, après la fête de Succot, les Israéliens vont reprendre leur activité et que les écoles vont rouvrir après plusieurs semaines de vacances. La suite de la campagne vaccinale peine à redécoller, alors que Naftali Bennett a fait de la troisième injection de vaccin une priorité pour toute la population de plus de 12 ans. Le ministre des Finances Avigdor Liberman s’est en tout cas déclaré opposé au retour au confinement et estime que les Israéliens devront apprendre à vivre avec le Covid. Encore faudra-t-il veiller à ce que l’activité économique puisse se poursuivre normalement et que ne s’amorce pas un retour de l’inflation. Et sur le plan social, le gouvernement israélien devra traiter sans tarder les très graves problèmes internes du secteur arabe israélien, alors que près de 90 personnes y ont été assassinées depuis le début de l’année et que le racket et la criminalité y sont en hausse exponentielle.

Et s’il lui reste du temps, Naftali Bennett pourra tenter de faire avancer les réformes qu’il a annoncées dans le programme de gouvernement qu’il a publié au début de la semaine. Parmi les priorités, celle du climat. Israël aussi, a connu cet été des températures record et de violents incendies de forêt, notamment dans la région de Jérusalem. Et tout cela, avec une coalition dont les partenaires n’ont jamais été aussi différents idéologiquement. Mais qui, jusqu’ici, semblent vouloir partager un certain pragmatisme.

Pascale Zonszain