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L’arthrose digitale, une pathologie douloureuse et handicapante, la chronique du docteur Serge Rafal

On estime qu’elle concerne, à des degrés divers, 3% de la population des + de 55 ans. Elle peut toucher le pouce, responsable de ce qu’on appelle une rhizarthrose très douloureuse et gênante dans le quotidien. Elle peut également atteindre les petites articulations des doigts ou entrainer des nodules non seulement douloureux et handicapants, avec gêne fonctionnelle et raideur surtout matinale, mais aussi et surtout inesthétiques.

Très répandue puisqu’elle intéresserait, toutes articulations confondues, 8 millions de personnes chez nous. L’arthrose digitale se classe-elle, en termes de fréquence, juste devant la hanche (coxarthrose) et derrière le genou (gonarthrose). Sa traduction est variable, peu symptomatique chez beaucoup avec quelques poussées douloureuses, très invalidante chez d’autres. Elle a une composante héréditaire et affecte plus souvent des dames (2/3 des cas), volontiers en surpoids ou en syndrome métabolique, ensemble d’anomalies liées à la présence d’un excès de graisse viscérale.

Il est généralement facile devant l’association de douleurs mécaniques (aggravées par l’effort à la différence des douleurs inflammatoires qui se manifestent-elles au repos) et de signes radiographiques : – pincement articulaire, – surplus d‘os qui déborde de l’articulation et l’élargit, – condensation de l’os sur les surfaces en contact avec sa déformation, – et parfois des trous appelés géodes qui traduisent une érosion. C’est l’association des symptômes cliniques et de l’imagerie qui est évocatrice chez une dame de plus de 55 ans : en effet, certaines patientes peuvent se plaindre de douleurs vives sans qu’il existe beaucoup d’arthrose sur les radios et à l’inverse des patientes avec des signes radiographiques nets peuvent très peu souffrir. Les examens de sang, l’échographie, le scan et l’IRM ont peu d’intérêt pour affirmer le diagnostic d’arthrose. La  prise de sang peut, elle, permettre le diagnostic différentiel avec une polyarthrite rhumatismale.

On traite cette arthrose digitale par 2 types de mesures. Voyons d’abord les moyens pharmacologiques : – Les AINS locaux sont très efficaces ici, plus rarement par voie orale, – parfois un peu de paracétamol suffit, – les anti-arthrosiques généraux comme la chondroïtine sulfate sont utiles surtout à long terme ; – des plantes (bourgeons de cassis, curcuma) peuvent aider. On peut parfois proposer une infiltration de cortisone sur une douleur aiguë, localisée sur une articulation. Et les mesures non-pharmacologiques : – orthèses à porter la nuit, très utiles et d’une grande efficacité ; – des automassages, – des étirements des doigts. Et exceptionnellement, le recours à la chirurgie. D’autres pistes sont à l’étude dont l’injection de toxine botulique ou la stimulation du Nf vague par voie auriculaire transcutanée. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

L’arthrose reste quelque part le parent pauvre de la thérapeutique. On imagine le pactole que représenterait pour Big-Pharma la mise sur le marché d’un médicament vraiment efficace. Alors rêvons, attendons et utilisons pour le moment les petits moyens à notre disposition, « petits » n’est pas synonyme d’inefficacité. Ne dit-on pas « qu’avec un petit appât, on peut attraper un gros poisson » et « qu’un petit homme peut abattre un chêne » ? 

Docteur Serge Rafal