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L’aile gauche du parti Démocrate américain marque sa première victoire contre Israël

Officiellement, c’est seulement un point technique. Israël recevra bien le financement nécessaire à l’achat des missiles qui doivent équiper ses batteries de défense contre les roquettes du Hamas. C’est en tout cas ce qu’a assuré le chef de la majorité démocrate à la Chambre des Représentants, Steny Hoyer, au ministre israélien des Affaires étrangères Yaïr Lapid. Mais le fait est là, l’aile gauche du parti démocrate américain a marqué un point et donné la preuve de ses capacités politiques. Le désormais fameux groupe « The Squad », la ‘brigade’ formée par des jeunes étoiles montantes démocrates comme Alexandra Ocasio-Cortez, Rachida Tlaïb ou Ilan Omar, creuse son sillon au Congrès. C’est ce groupe qui était à la manœuvre cette semaine pour empêcher la Chambre des Représentants de voter la motion. Sachant que c’était un des articles du projet de loi de Budget, ces élus ont menacé de voter contre l’ensemble du Budget si le financement des Dômes de Fer israéliens était maintenu, ce qui aurait entrainé le blocage total de l’administration américaine au 30 septembre. Pour contourner l’obstacle, la direction du parti a retiré l’article du texte et le soumettra à un vote séparé.

Mais même si le problème devrait effectivement se régler pour cette fois, c’est bien le signe qu’un changement en profondeur est en train de s’opérer. On l’a déjà vu, le soutien à Israël au Congrès américain n’est plus un enjeu bipartisan, qui réunit sans distinction Démocrates et Républicains. Le courant libéral au sein du parti Démocrate, qui épouse les nouvelles idéologies racialistes, décolonialistes et autres courants qui remettent en question les bases de la démocratie américaine et ses valeurs universalistes, ce courant gagne du terrain dans la société et dans la classe politique américaine. Un homme comme Bernie Sanders, longtemps marginal au sein du parti Démocrate est en passe d’en devenir la référence. Progressivement, son discours et celui des élus du Squad gagnent le courant majoritaire du parti. On en a vu des exemples lors de l’opération de Tsahal Gardien des Murailles de mai dernier contre le Hamas, avec des accusations de génocide et d’apartheid proférées contre Israël et le slogan « Palestinian lives matter » calqué sur le « Black lives matter ». Mais surtout, le sénateur démocrate Bob Menendez, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat et partisan de longue date d’Israël s’était lui aussi fendu en mai dernier d’un communiqué déplorant « la mort de civils palestiniens innocents à Gaza ». Une concession au courant progressiste, qui indique que l’ancienne génération du parti, emmenée par Joe Biden ou Nancy Pelosi, est bien en train de perdre du terrain.

Pour l’aile gauche des Démocrates, Israël n’est pas différent des suprématistes blancs, ni des puissances coloniales, oppresseurs de minorités. Et cette vision d’Israël s’étend aussi dans l’électorat démocrate. Joe Biden avait promis à Naftali Bennett qu’il avait reçu le mois dernier à la Maison Blanche, qu’il pouvait compter sur le renouvellement des stocks de missiles pour défendre la population israélienne contre les roquettes du Hamas. Mais ce qui s’est passé cette semaine au Congrès montre que le chef de la Maison Blanche n’est plus le seul maitre à bord. Et cela a de quoi inquiéter les dirigeants israéliens.

Pascale Zonszain