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Covid : La FDA et les éclaireurs israéliens

La FDA aura donc été plus réticente à suivre la voie israélienne. Si l’Agence américaine a bien validé la 3e injection de vaccin anti-Covid ARN pour les plus de 65 ans, les sujets à risques et les professionnels exposés, elle a préféré ne pas recommander son élargissement au reste de la population et en particulier aux plus jeunes. Une décision qui va nécessairement avoir des retombées hors des Etats-Unis, ce qui explique l’empressement avec lequel a réagi le ministère israélien de la Santé. Et qui a d’ailleurs commencé par regarder le verre à moitié plein, se félicitant que la FDA ait validé la 3e dose pour les séniors, et rappelant qu’Israël avait ouvert la voie, suivi par le Canada, la France ou encore l’Allemagne.

Mais en Israël on craint effectivement que les plus jeunes se ravisent et que les parents préfèrent attendre avant de faire vacciner leurs enfants, puisque la 3e dose est accessible en Israël dès l’âge de 12 ans et à condition que 5 mois se soient écoulés depuis la 2e dose. Ce qui a freiné les experts sanitaires américains, c’est le manque de données et de recul sur l’effet de cette 3e vaccination. Or, en Israël, elle a débuté dès le mois de juillet pour les sujets immunodéprimés et d’abord chez les plus âgés, qui avaient été les premiers vaccinés. Et puis, comme l’a rappelé la directrice de la Santé Publique israélienne, Sharon Alroï-Preiss, qui a d’ailleurs participé au débat de la FDA en tant qu’expert extérieur, Israël a entamé sa campagne vaccinale bien avant le reste du monde et notamment les Etats-Unis. « A la mi-avril, les Américains avaient totalement vacciné 25% de leur population alors que nous en étions déjà à 50% » explique le Dr. Preiss. Ce qui signifie qu’Israël a environ 3 mois d’avance sur les Américains, y compris en matière d’efficacité du vaccin. Parce que les Israéliens ont été vaccinés plus tôt, on a pu observer chez eux que les anticorps générés par deux doses de vaccin disparaissaient plus vite que ce qui avait été estimé, et en particulier face au variant Delta.

Deux jours avant la réunion de la FDA, Israël avait d’ailleurs publié la première grande étude sur la 3e dose de vaccin, conduite par le ministère de la Santé, le Technion, l’Institut Weizmann, l’Université Hébraïque et l’hôpital Shiba sur un million de sujets en deux cohortes : une ayant reçu le rappel et l’autre non. D’où il ressort que 12 jours après la 3e injection, le nombre d’infections confirmées et de formes graves de Covid est 10 fois inférieur chez la population ayant reçu le rappel. Ce qui, selon les résultats de l’étude israélienne, qui a été publiée dans le New England Journal of Medicine, place l’efficacité de 3 doses de vaccin Pfizer à 95% contre le variant Delta, c’est-à-dire au même niveau que les deux doses contre la forme précédente de Covid.

Ce n’est donc pas parce qu’ils ont été trop rapides que les Israéliens ont été touchés de plein fouet par le variant Delta, mais bien parce que la durée d’efficacité du vaccin était plus courte que prévu. Et c’est parce qu’ils ont déjà 3 millions de sujets à avoir reçu la 3e dose que les formes graves et la mortalité commencent à régresser. Pour les plus jeunes, c’est vrai, comme l’a constaté la FDA, il n’y a pas encore assez de recul. Et encore une fois, c’est Israël qui va jouer les éclaireurs.

Pascale Zonszain