(Crédit: Avi Ohayon/GPO)

Un an d’accords d’Abraham

Les ambassadeurs d’Israël, des Emirats, de Bahreïn et du Maroc se sont retrouvés mardi à Washington pour marquer le premier anniversaire des accords d’Abraham. Si deux des principaux artisans de ce processus – Donald Trump et Benyamin Netanyahou – ne sont plus aux affaires, leur travail ne s’est pas effacé pour autant. En dépit de la transition aux Etats-Unis et de la crise politique en Israël qui ont marqué ces derniers mois, la normalisation a tenu. Même l’absence d’un représentant du Soudan à la cérémonie organisée dans la capitale fédérale n’a pas assombri l’optimisme des participants.

En quelques mois, Israël a donc successivement normalisé ses relations avec les Emirats arabes unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc, dans un processus qui a surpris par sa rapidité après des décennies de blocage. Plusieurs facteurs ont permis cette avancée. D’abord le revirement stratégique des Emirats, avec, il faut quand même le souligner, l’aval de l’Arabie Saoudite. Les dirigeants émiratis ont compris que l’hostilité persistante à Israël dans un Moyen-Orient en plein bouleversement n’avait plus de sens. D’abord comme on l’a vu, parce que les royaumes sunnites du Golfe et Israël sont soumis également à la menace hégémonique iranienne. Ensuite parce que ces Etats, et en particulier les Emirats ont compris qu’ils ne pourraient éternellement maintenir leur économie sur leurs seules ressources pétrolières et que le temps était venu de trouver d’autres pistes. Utiliser leurs richesses pour investir dans les technologies faisait alors d’Israël un partenaire valable.

Et même si le règlement du conflit israélo-palestinien n’est plus le centre du dispositif qui a permis d’amorcer cette normalisation, c’est pourtant sa présence en creux qui a servi de catalyseur. Selon le plan de paix de Donald Trump, son fameux « deal du siècle » présenté en janvier 2020, Israël aurait la possibilité d’annexer les implantations de Judée Samarie. Quand Benyamin Netanyahou après les élections de mars, formait un gouvernement d’union avec Benny Gantz, un des points du programme était l’annexion des implantations au 1er juillet. C’est alors que les Emirats ont commencé à faire pression, en s’adressant directement au public israélien et promettant la normalisation si Israël renonçait à étendre sa souveraineté sur les localités juives de Judée Samarie. Et c’est effectivement ce qui a fait sauter le dernier obstacle, même si les Palestiniens s’estiment trahis par la normalisation.

Un an plus tard, si le processus ne s’est pas élargi, il a en tout cas résisté. L’opération de Tsahal Gardien des Murailles en mai dernier contre les tirs de roquettes du Hamas, n’a pas eu raison des accords d’Abraham. Si tous les pays concernés ont exprimé critiques et inquiétude, aucun n’a rompu avec Israël. Un premier test qui a confirmé que le dossier palestinien n’est plus le principal critère et qu’il ne suffit plus à faire l’union des pays arabo-musulmans. Mais sans un soutien actif des Etats-Unis, il semble difficile d’aller plus loin dans la normalisation. L’administration Biden ne considère pas comme une priorité de poursuivre le plan voulu par Trump, même si elle ne le rejette pas pour autant. Toutefois, il parait peu probable qu’un pays de l’importance de l’Arabie Saoudite saute le pas de la normalisation, si les Etats-Unis ne conduisent pas le processus. Il n’en reste pas moins que ces accords d’Abraham ont commencé à changer la donne pour Israël et la reconnaissance de sa place dans la région.

Pascale Zonszain