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Une importance croissante dans l’alimentation, les algues, la chronique du docteur Serge Rafal

Même si elles restent relativement méconnues chez nous en France pour le moment, elles font partie des ressources alimentaires de demain. Selon la branche alimentation et agriculture de l’ONU, la production mondiale d’algues est d’ailleurs passée de 2 millions de tonnes en 1970 à 31 millions en 2016 ce qui traduit indiscutablement un engouement du public

Modestement pour le moment puisque sur les 72 000 tonnes d’algues récoltées chaque année sur nos côtes (600 espèces au total dont 14 comestibles), seules 2% sont consacrées à l’alimentation humaine. Mais les Français en consomment apparemment de plus en plus : près d’1 Français sur 3 en avait mangé au moins 1 fois en 2017, soit environ 2 fois plus qu’en 2000. La Bretagne représente bien sûr la locomotive de ce mouvement puisqu’elle en récolte et en produit la quasi-totalité. La géographie joue de façon logique, les chiffres sont éloquents : c’est ainsi que les départements bretons qui représentent en nombre seulement 15% de la population française consomment 90% de la production totale de poisson.  

40% se retrouvent directement dans nos assiettes, soit fraîches (sous forme de condiments), soit séchées (en paillettes) ou congelées pour les soupes et les sushis. 30% sont transformées en additifs texturants ou gélifiants pour les sauces, les glaces, les yaourts : l’agar-agar qui remplace la gélatine dans la charcuterie et la pâtisserie, les alginines et alginates qui sont des épaississants. Le reste sert à la cosmétologie (dentifrice), à la nourriture animale, à la fabrication d’engrais. 

Les produits à base d’algues ne sont pas vendus dans les poissonneries, comme on pourrait l’imaginer, mais majoritairement dans les magasins asiatiques. Pas étonnant puisque l’Asie (Chine, Coréen Japon) constitue le plus gros producteur mondial et le principal marché, accaparant les ¾ de la demande.

Les qualités nutritionnelles des algues sont importantes. Peu caloriques (30-40 calories/100g), elles regorgent d’éléments nutritionnels essentiels. Avec une teneur en protéines comprise entre 8 et 40% de leur poids sec, elles rivalisent facilement avec les céréales complètes, l’œuf, le soja. Riches en om-3 à longue chaine (EPA et DHA) dont nous connaissons les bienfaits cardio-vasculaires, elles sont également concentrées en vitamines (A, B12, C, E), en sels minéraux (Bien sûr de l’I2 (600 mcg/g) mais également du Ca, du Cu, du Fer, du magnésium, du Zn), en fibres et en antioxydants (fucoïdane, fucoxanthine).

En raison de l’agriculture intensive et de la pollution des océans. L’image de ces amas verdâtres malodorants sur nos plages, problème sanitaire et écologique, est à l’évidence repoussante et n’incite pas à imaginer l’aliment-santé, qu’elles sont pourtant.

Attention peut-être à leur concentration en Iode qui risque d’interférer avec le métabolisme de la thyroïde. Leur usage est déconseillé chez les enfants, la femme enceinte et allaitante car elles peuvent contenir des pesticides et des métaux lourds (arsenic, cadmium, mercure, plomb), raison pour laquelle il faut absolument les choisir bio. 

Le temps joue pour elles dans un monde surpeuplé, en recherche à la fois d’une alimentation de qualité et de naturalité. Elles ne sont probablement qu’au début de leur ascension, comme le dit de façon  inimitable Etienne Dorsey, alias Jean Rochefort, à la fin de « Un éléphant ça trompe énormément ». 

Docteur Serge Rafal