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L’évasion de Gilboa peut-elle réveiller le terrorisme palestinien ?

Dans la société palestinienne, la question des prisonniers est un thème central. Qu’il s’agisse de l’Autorité Palestinienne ou du Hamas, toutes les organisations font de la libération des détenus sécuritaires un enjeu capital et d’une certaine manière consensuel. L’Autorité Palestinienne a même un ministère dédié aux prisonniers dans son gouvernement. Dans les périodes de grande tension sécuritaire, le nombre de Palestiniens purgeant des peines de prison en Israël pour actes de terrorisme à des degrés de gravité divers, se situe autour de 10.000. C’est dire que dans les territoires palestiniens de Cisjordanie ou de la Bande de Gaza, cela concerne beaucoup de monde, familles, alliés, ou connaissances. Dans chaque négociation avec Israël, qu’elle soit directe comme avec l’Autorité Palestinienne ou qu’elle soit indirecte, avec le Hamas, la libération de détenus palestiniens est toujours la première exigence. Seulement, l’Autorité Palestinienne n’a plus obtenu la libération d’un seul détenu par Israël depuis près de dix ans. Quant au Hamas, depuis sept ans qu’il détient deux civils israéliens et  qu’il garde les dépouilles de deux soldats de Tsahal, il n’a pas non plus réussi à faire libérer par Israël un seul prisonnier, alors qu’il en réclame plus d’un millier.

Et voilà que cinq terroristes du Jihad islamique et un ancien chef du Fatah réussissent ce que personne ne croyait possible : s’évader d’un quartier de haute sécurité d’un centre pénitentiaire israélien. Les graves failles sécuritaires du côté de l’administration pénitentiaire qui ont permis cette évasion devront évidemment être rapidement corrigées et feront probablement l’objet de sanctions. Mais ce qui inquiète désormais les responsables israéliens, c’est l’impact que l’événement aura dans le camp palestinien. D’abord, c’est la petite organisation du Jihad islamique qui retire le prestige de cette opération, réussissant là où le Fatah et le Hamas ont échoué. A Gaza, où il est principalement actif, le Jihad islamique Palestine, selon son appellation complète, et qui est soutenu par l’Iran, dispose de très peu d’effectifs, mais d’un arsenal de roquettes qui dépasse même celui du Hamas. Le Jihad islamique pourrait se sentir pousser des ailes et d’ailleurs il a déjà menacé Israël de nouveaux tirs de roquettes, si ses détenus sécuritaires devaient être déplacés.

Plus largement, l’effet psychologique de l’évasion des six terroristes va se ressentir sur la durée. Pourquoi c’est important ? Parce que même cet événement isolé ne remet pas en lui-même les compteurs à zéro, il vient montrer aux Palestiniens que la défense israélienne a des failles, ce qui est susceptible de donner un nouvel élan au terrorisme, et encore plus si les six évadés, ou même seulement certains d’entre eux, devaient périr dans l’opération israélienne qui ne manquera pas d’arriver pour leur capture. Si c’était le cas, leur mort les propulserait au rang de « martyr » et justifierait du point de vue des organisations terroristes ou même d’individus isolés, des attentats de représailles. Sans oublier ce qui se passe à l’intérieur des prisons israéliennes, où les détenus sécuritaires peuvent tenter de nouvelles évasions, ou d’étendre les émeutes, comme ils ont déjà commencé à le faire. Et là encore, la réponse israélienne à une mutinerie pourrait relancer la violence dans les territoires. Ce qui s’est passé lundi à la prison de Gilboa est certainement le premier défi sécuritaire du gouvernement de Naftali Bennett.

Pascale Zonszain