(Crédit: Twitter et DR)

Retour du dossier palestinien ?

Alors qu’il s’apprêtait à rencontrer le président Biden, Naftali Bennett avait tenu à clarifier sa position la semaine dernière : son gouvernement n’annexerait pas de territoires en Judée Samarie, mais ne s’engagerait pas non plus dans la création d’un Etat palestinien indépendant. Une manière d’anticiper sur les possibles demandes de l’administration américaine vers une reprise du processus de paix israélo-palestinien, au point mort depuis 2014.

Mais depuis l’élection du président démocrate, la région attend les signes d’une réanimation du dossier. Mahmoud Abbas, qui avait rompu les relations avec Washington pendant le mandat de Donald Trump, estime que les conditions sont réunies pour reprendre pied sur la scène diplomatique. Mais c’est plutôt vers les pays arabes et les Nations Unies que le leader palestinien veut commencer par se rapprocher. De son côté, l’Egypte, qui avait joué un rôle actif dans la conclusion d’un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël en mai dernier, compte aussi sur le dossier palestinien pour s’attirer les bonnes grâces de Washington. Ce n’est donc pas un hasard si le président Al Sissi choisit de convoquer maintenant un sommet avec Mahmoud Abbas et Abdallah de Jordanie, à quelques jours du sommet de la Ligue Arabe et de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Mais a-t-il effectivement convié aussi le Premier ministre israélien à y participer, comme l’affirmait hier le quotidien arabe Asharq al Awsat ? Le démenti catégorique publié par le porte-parole de Naftali Bennett semble indiquer le contraire. « Il n’a jamais été question d’une rencontre entre le Premier ministre israélien et le chef de l’Autorité Palestinienne et il n’est pas prévu d’en tenir une » a précisé le porte-parole, tout en rappelant qu’en revanche Naftali Bennett se rendrait bien prochainement au Caire, à l’invitation du président égyptien.

Si Bennett n’a donc pas l’intention de voir Abbas, Benny Gantz, lui, l’a fait dimanche, devenant ainsi le premier membre du gouvernement israélien à rencontrer le leader palestinien depuis onze ans. Le ministre israélien de la Défense a indiqué qu’il s’agissait de produire quelques gestes de bonne volonté à l’égard de l’Autorité Palestinienne. A commencer par un prêt d’un peu plus de 130 millions d’euros, validé par le ministre des Finances Avigdor Liberman et quelques autres mesures dont des permis de travail supplémentaires et des autorisations de construire en zone sous contrôle israélien. On est plus dans une gestion des relations économiques que dans une amorce de dialogue diplomatique. Et dans un cadre qui n’est pas en conflit avec la ligne nationaliste de Naftali Bennett. On peut même parler d’une répartition des rôles qui convient au chef du gouvernement israélien, malgré les critiques de son entourage adressées au ministre centriste de la Défense.

On peut donc estimer que jusqu’à présent, le retour du leader palestinien sur la scène diplomatique ne bouleverse pas le jeu, mais plutôt que chaque acteur avance ses pions prudemment en attendant de voir comment la partie peut évoluer. D’ailleurs, même l’OLP, après la visite de Gantz à Ramallah, n’a pas manqué de condamner Israël. Tout change et rien ne change.

Pascale Zonszain