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La haine du savoir et l’antisémitisme, la chronique de Guy Konopnicki

Ce mercredi matin à 7h08 dans le Morning d’Ilana Ferhadian sur Radio J, Guy Konopnicki est revenu sur la résurgence de l’antisémitisme observé cet été en France.

Cet été a été marqué par le retour public de l’antisémitisme, ouvertement exprimé dans les manifestations contre le vaccin et le passe sanitaire.

Sans plus s’embarrasser du paravent de l’antisionisme, des manifestants ont donc détourné l’étoile jaune et les symboles de la Shoah, quand ils ne brandissaient pas des listes de juifs, rendus responsables de la pandémie.

Aucun organisateur, et, pis encore, aucun manifestant n’a tenté de d’expulser des cortèges les porteurs de slogans ignobles.

Inconscients ou délibérément complices, les anti passe et les « antivax » servent donc de piétaille à la réintroduction de l’antisémitisme dans le débat politique.

Il ne s’agit ni de débordements, ni de récupération. La peur irraisonnée de la vaccination, la hantise d’un complot mondial de médecins, de chercheurs scientifiques, et d’entreprises pharmaceutiques, sont les premiers symptômes de l’infection à l’antisémitisme.  

La peur de se voir injecter une substance insidieuse, est associée à la croyance en une pureté du corps, revendiquée jusqu’à l’hystérie quand des manifestants crient « ne touchez pas à mes enfants », comme si l’ajout d’un douzième vaccin allait modifier on ne sait quel équilibre naturel.

Les hommes et femmes politiques qui cherchent à prendre le contrôle du mouvement, comme Florian Philipot ou Nicolas Dupont-Aignan, ou ceux, qui sans se montrer espèrent en engranger les bénéfices électoraux, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, mais aussi une partie des écologistes, ont en commun de diffuser les bases d’un antisémitisme dont ils se démarquent parfois du bout des lèvres. Et cette base est la défiance vis à vis du savoir.

Ainsi, on exprimerait « un mépris de classe », en pointant, sondages à l’appui, le faible niveau d’études de la majorité des manifestants.

Un nouveau mot est apparu, par la transformation en substantif du participe présent du verbe savoir. Les « sachants » écraseraient le pauvre peuple par les connaissances acquises au long de leurs études et enrichies par l’expérience, l’activité intellectuelle et la lecture de quelques livres. Les juifs, on le sait, sont en surnombre parmi les « sachants », à cause de leur penchant pluri millénaire pour l’étude et la discussion des textes.

C’est tout de même la première fois qu’un mouvement se réclame ouvertement de l’ignorance. L’appropriation du savoir ne résulte pourtant pas d’un rapport de force, semblable à celui qui permet de prendre le contrôle d’une entreprise. Surtout en France, où les études primaires et secondaires et gratuites, où les droits d’inscription à l’Université comptent parmi les plus bas au monde. Certes, nous savons que la situation sociale rend plus difficile l’accès aux études, mais entre les moyens déployés dans les quartiers difficiles, et les différents systèmes d’aides, de bourses et d’allocations d’études, il n’est pas totalement impossible d’accéder au savoir.

On peut considérer que ces aides sont insuffisantes en regard des besoins, mais tout l’argent du monde sera toujours impuissant face au refus d’apprendre et à la contestation des enseignements.

Les politiciens et les idéologues qui jouent avec le mouvement anti vaccin, poussent la démagogie jusqu’à flatter l’ignorance crasse, la crédulité et la vanité des cancres à vie. J’avais personnellement formulé un adage, lors des premières poussée de l’extrême-droite : « à force de prendre les électeurs pour des cons, ils le deviennent. » Maintenant, c’est pire encore, on appelle les électeurs à s’enfoncer dans leur ignorance, et à se boucher les oreilles quand des « sachants », comme ils disent prennent la peine de leur expliquer ce qu’est la vaccination, fondée sur la découverte de l’ARN Messenger… C’est tellement plus amusant de chercher l’intrus en énonçant les noms des professeurs Jacob, Lwoff et Monod !

A l’inverse des fondateurs de la République, qui se fixaient pour objectif d’élever le peuple aux Lumières, quelques politiciens choisissent donc de valoriser l’ignorance, et de pousser dans les rues des gens qui ne veulent rien savoir, rien apprendre, et qui répètent à l’unisson des âneries répercutées sur leur téléphone portable.

Cette haine du savoir, de la culture, de la science et des médecins est sans doute la forme la plus flatteuse de l’antisémitisme. Mais c’est l’esprit même des autodafés nazis, brûler les livres, tirer son révolver au mot de culture, et, bien sûr … nous connaissons la suite…

Que tout ça ne vous empêche pas, au contraire, de passer de belles fêtes de Tichri. 

Chana Tova et… à l’année prochaine…

Guy Konopnicki