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Israël, les Etats-Unis et l’inconnue afghane

Avant-hier, deux conseillers de la Maison Blanche tenaient un briefing rassurant pour les journalistes israéliens qui escortaient Naftali Bennett : ce n’est pas parce que les Etats-Unis sortent d’Afghanistan qu’ils vont tourner le dos à tous leurs alliés régionaux. Au contraire, expliquaient les conseillers du président Biden, nous allons être plus disponibles pour nos autres alliés et en particulier pour Israël. Il n’en demeure pas moins que les conditions dans lesquelles s’est déroulé le départ américain d’Afghanistan n’est pas fait pour rassurer les alliés des Etats-Unis dans la région. Mais il faut maintenant regarder en avant. Et pour Israël, cela veut dire surveiller au moins deux acteurs qui devraient chercher à exploiter la situation. D’abord l’Iran : le régime chiite de Téhéran n’est pas précisément en bons termes avec les Talibans sunnites. Il ne faut pas oublier que la région du Pandjchir, dernier bastion des anti-Talibans est justement tenu par des chiites. Cela pourrait obliger l’Iran, qui a une frontière commune avec l’Afghanistan, à accroitre sa présence dans le pays, pour en limiter l’influence. En revanche, les Iraniens espèrent que la débandade de l’armée afghane face aux Talibans sera un prélude à ce qui se passera quand les Etats-Unis achèveront de se retirer d’Irak. Et si l’Irak devait tomber entre les mains iraniennes, comme l’Afghanistan dans celles des Talibans, cela ne fera pas les affaires d’Israël.

Il faudra aussi surveiller l’influence de l’épisode afghan sur d’autres organisations djihadistes dans la région. Israël devra renforcer sa vigilance sur l’activité terroriste palestinienne, de la part de groupes islamistes qui pourraient agir en Israël, mais peut-être surtout dans les territoires contrôlés par le régime affaibli de l’Autorité Palestinienne. De même, Israël ne veut pas voir le Hamas monter encore en puissance et faire de la Bande de Gaza un havre terroriste, si la reconstruction du territoire côtier n’était pas conditionnée par son désarmement préalable et la neutralisation de son arsenal de roquettes, qui menace en permanence les agglomérations israéliennes.

Et c’est justement de l’intérêt d’Israël de convaincre les Etats-Unis de lui permettre de se prémunir contre les arsenaux du Hamas en renforçant sa défense aérienne et de ne pas s’opposer à ses opérations militaires quand elles sont nécessaires pour contenir l’organisation terroriste palestinienne. D’où l’importance d’obtenir l’engagement américain de renouveler le stock de missiles des batteries Dôme de Fer largement entamé pour protéger le pays des milliers de roquettes tirées par le Hamas en mai dernier.

Enfin, se pose la question de la vision américaine  de sa présence au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ont pu voir les limites de leur politique d’aide militaire et de « Nation Building » à coups de milliards de dollars pour faire tenir ou installer des régimes démocratiques à l’occidentale. Cela a échoué en Afghanistan et très probablement aussi en Irak. Quant aux régimes arabes de la région soutenus par les Etats-Unis, ils ne sont plus aussi sûrs que l’allié américain sera au rendez-vous en cas de crise majeure. Au bout du compte, c’est l’Etat d’Israël, comme seul régime démocratique occidental au Proche-Orient, qui pourrait constituer un allié naturel, fort et fiable pour les Etats-Unis.

Pascale Zonszain