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Gilles Clavreul sur Radio J: « C’est la version du gouvernement qui va l’emporter sur le vote de la loi sur le séparatisme »

Gilles Clavreul, fondateur du Think Tank L’Aurore, était l’invité de Olivier Issembert ce jeudi matin sur Radio J, à 8h50. Il est revenu sur le projet de loi sur le séparatisme.

La loi de lutte contre le séparatisme aurait dû être votée ce jeudi. Toutefois, il n’en est rien. Lors de leur passage ce mercredi au palais Bourbon, les sénateurs n’ont effectivement pas souhaité examiner en nouvelle lecture le projet de loi. Pour cela, ils ont tout simplement voté une question préalable. En cause : des visions trop différentes sur la neutralité religieuse des accompagnants scolaires ou concernant l’instruction à domicile. 

Est-ce un échec pour le gouvernement ? « Le retard pris sur le vote, non pas particulièrement. C’est surtout que la discussion sur la validation législative du pass sanitaire s’est intercalée dans un calendrier qui est déjà très surchargé. Mais, normalement, le vote définitif devrait être programmé pour vendredi« , explique Gilles Clavreul. 

Et le fondateur du Think Tank L’Aurore poursuit : « Les deux chambres n’ont pas la même couleur politique et la droite majoritaire au Sénat a manifesté son opposition dès le début ». Une opposition concernant tout d’abord la neutralité des accompagnants scolaires et puis aussi concernant l’instruction à domicile. « La droite voulait durcir le texte sur la répression de toutes les formes d’islamisme. Le gouvernement tenait à une certaine forme d’équilibre. En définitif, c’est la version de ce dernier qui va l’emporter » sur le vote de la loi sur le séparatisme.

Il apparaît de surcroît, selon Gilles Clavreul, que les propositions qui avaient été faites étaient probablement excessives. « Elles ne ciblaient clairement qu’une seule religion. Elles étendaient l’obligation de neutralité. Il était question aussi de l’implication dans l’enseignement supérieur. Cela paraît difficile puisque l’on parle quand même d’adultes dans un espace public ».

À noter également que c’est un rôle normal pour l’opposition que de formuler des propositions alternatives. « La critique de fond qui a été apportée, pas seulement par la droite sénatoriale mais aussi de la part de certaines autorités religieuses, consistait à dire qu’on allait embêter les gens sans lutter plus efficacement contre les islamistes. C’est une vision qui participe à la fois d’une volonté d’étendre la neutralité religieuse mais aussi d’assouplir encore le régime de la loi de 1905 ».

Ce qui est évident, c’est que cette loi, une fois votée, apportera des outils nouveaux. Elle ne réglera pas tout, mais elle fera avancer la situation. Pour Gilles Clavreul, « il y a encore un équilibre à trouver entre la protection des libertés fondamentales et la lutte contre des formes de séparatismes violents ou agressifs. Il y aura des outils supplémentaires. D’or et déjà il y a une armature administrative qui a été mise en place : le Comité interministériel de la laïcité qui aura une fonction de coordination. Parmi les actions importantes qui seront démarrées à la rentrée, il y a un programme de formation de l’ensemble des agents publics ».

Le fondateur du Think Tank L’Aurore est un fin connaisseur de tous les rouages mis en place par l’État. Il poursuit en nous expliquant que les ambitions du gouvernement sont très élevées, « puisqu’il prévoit la formation de tous les agents publics à l’horizon de quatre ans. On a les moyens de le faire. », même si certains facteurs, comme la crise sanitaire, peuvent ralentir le processus. 

Ces décisions ne concernent pas que l’Etat : ça concerne aussi les autorités locales et les hôpitaux, institutions qui, jusqu’à présent, « ont mis en œuvre très diversement les différentes mesures pour lutter contre l’Islam radical ». Il faudra donc être particulièrement vigilant pour que tout cela se réalise de façon efficace. 

Le gouvernement d’Emmanuel Macron semble donc finalement se débrouiller relativement bien en matière de séparatisme. « On peut voir les deux faces de la médaille : on peut dire que ça a pris du temps et on peut aussi trouver que ça ne va peut-être pas assez loin sur certains points. Mais, il y a de vrais progrès. Il y a une prise de conscience et une volonté de faire. Ce sont notamment les actions de Michel Blanquer ou de Marlène Schiappa qui le montrent », conclut Gilles Clavreul. 

Cécile Breton