(Crédit: porte-parole du Grand Rabbinat)

Réforme de la cacherout : défi au monopole orthodoxe en Israël

Proposer aux restaurants et aux cafés de choisir l’organisme qui certifiera leur cacherout, l’idée n’est pas nouvelle en Israël. Mais les différentes tentatives se sont toutes soldées par un échec. Il faut dire que l’organisation de la certification et du contrôle des règles de pureté alimentaire est, en vertu de la loi, conférée seulement au rabbinat d’Israël. Les propriétaires d’établissements peuvent ensuite choisir de respecter un niveau encore plus rigoureux de cacherout, mais en aucun cas ils ne peuvent passer en dessous des critères du Rabbinat, sauf à perdre leur certificat. Ces certificats doivent être renouvelés périodiquement, et les restaurateurs doivent aussi payer le contrôleur, le « Mashgiah », qui surveille en permanence que les cuisines et les aliments employés sont en conformité et bien sûr que l’établissement soit fermé le Shabbat.

Tout cela a évidemment un coût, qui se chiffre en milliers d’euros annuels pour chaque établissement et qui se répercute aussi sur le consommateur. Le projet de réforme porté par le nouveau ministre des Cultes, Matan Kahana, vise à casser le monopole du rabbinat, en permettant à d’autres organisations de délivrer des certificats de cacherout. Le rabbinat d’Israël continuera à contrôler, mais seulement d’un point de vue technique, le respect des critères de cacherout fixés par les autres organismes. Ce qui ne l’empêchera pas d’être aussi un prestataire parmi les autres, pour qui veut rester avec le Rabbinat.

A peine annoncé, le projet a déjà déclenché un tollé dans les milieux ultra-orthodoxes. Car c’est la première remise en question de leur statut de gardien des questions religieuses. Le fameux statu quo, conclu entre les rabbins orthodoxes et David Ben Gourion à la veille de l’Indépendance d’Israël. Depuis, la répartition des domaines s’était d’autant mieux déroulée que tous les gouvernements israéliens depuis 1948 ont été dirigés par des laïcs, ou en tout cas des non-pratiquants. Et voici que le nouveau gouvernement est dirigé par un attelage composé d’un laïc – Yaïr Lapid – mais surtout d’un religieux sioniste, Naftali Bennett. Le premier chef de gouvernement israélien à porter la kippa. Bennett appartient, comme son ministre des Cultes Matan Kahana, au courant religieux nationaliste, qui entre dans la catégorie du judaïsme orthodoxe classique, mais pas harédi. Et avec la principale différence de l’adhésion au sionisme.

Il représente donc pour les harédim une concurrence et une menace bien plus sérieuses que les dirigeants politiques précédents qui, soit par ignorance, soit par choix, laissaient donc aux ultra-orthodoxes la maitrise des questions religieuses. C’est ce qui explique que les réactions des députés des partis Shas et Yaadut HaTorah soient bien plus virulentes qu’envers leurs collègues laïcs, n’hésitant pas à parler de la « mort du judaïsme », si la réforme de la cacherout était adoptée. Pour le consommateur israélien, au bout du compte, cela ne changera pas grand-chose. Mais les partis orthodoxes ne voudront pas perdre cette bataille, car la suivante, prévue dans l’accord de coalition entre Bennett et Lapid aura des conséquences bien plus larges : la reconnaissance des conversions.

Pascale Zonszain