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Le millepertuis, la plante du top-5 de la dépression, la chronique du docteur Serge Rafal

De nombreux patients profitent de la période estivale pour tenter de stopper ou de réduire les antidépresseurs qu’ils ont pris souvent à contre cœur lors de la saison froide, s’en méfiant apparemment beaucoup plus que les tranquillisants ou les hypnotiques qui leur font curieusement moins peur. Et parmi les plantes de l’humeur, la plus connue est évidemment le millepertuis devant par ordre alphabétique le griffonia, le mucuna pruriens, la rhodiole, le safran.

Le millepertuis est la plante de référence de la déprime et de la dépression, surnommée dans les écrits, le « chasse-diable » pour louer son efficacité contre les mauvais esprits, terme évidemment à présent quelque peu désuet. Elle reconnaît de nombreuses autres indications dont le soin des plaies et des brûlures du premier degré d’où son autre surnom d’herbe du charpentier mais je n’évoquerai aujourd’hui que son action sur l’humeur : la dépression légère à modérée, les troubles du sommeil, le stress.

Son nom de millepertuis vient de son apparence. A contre-jour, ses feuilles ovales d’un jaune éclatant, paraissent percées de mille trous, en réalité ses organes glandulaires qui contiennent de l’huile essentielle. 

Elle contient principalement deux substances qui interviennent dans les mécanismes chimiques de la dépression, la production et la régulation des neurotransmetteurs cérébraux, l’hypéricine et l’hyperforine. C’est leur concentration, très variable d’une spécialité à l‘autre, qui fait l’efficacité du millepertuis bien qu’il contienne également des tanins, de l’huile essentielle, des flavonoïdes aux propriétés antioxydantes qui complètent son action.

On reproche au millepertuis d’avoir de nombreuses interactions, c’est vrai, le risque existe s’il est associé à certaines autres plantes ou compléments alimentaires de l’humeur (gingko biloba, SAM-E ou S-Adénosyl-L-Méthionine), des médicaments (les IRS, précisément utilisés contre la dépression), les antivit K, les Tts du VIH, la digoxine de cardiologie, les triptans de la migraine, la pilule… -> Ces interactions constituent indiscutablement un de ses inconvénients majeurs.

Peu aux doses habituelles. Attention toutefois à son effet photo-sensibilisant qui nécessite impérativement d’éviter l’exposition au soleil lorsqu’on en prend. Quelques troubles digestifs, des maux de tête, de la nervosité, sont parfois décrits

Comme pour beaucoup de plantes efficaces et surtout les huiles essentielles : – La femme enceinte ou allaitante, – L’enfant de – de 12 voire de 18 ans. Et attention à son utilisation dans les troubles psychiatriques (bipolarité, schizophrénie, TOC, TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité), dépression majeure) et les maladies neuro-dégénératives (Alzheimer). 

Non alors que c’est un effet secondaire connu et redouté des antidépresseurs. S’il y a prise de poids, elle est directement liée à la dépression.

– En poudre totale ou en extraits secs : 300 mg, 3 fois par jour ; – En TM : 50 gouttes dans un peu d’eau, 2 à 3 fois par jour ; – En extrait standardisé liquide : 0,5 à 1 ml, 2-3 fois par jour ; – En infusion : 5 g de fleurs séchées dans 150 ml d’eau frémissante à boire, en 2-3 fois dans la soirée, contre les troubles mineurs du sommeil. 

De maniement relativement difficile en raison principalement de ses nombreuses interactions, le millepertuis n’est plus le leader indiscutable des troubles de l’humeur qu’il a été, même s’il reste très prescrit. D’autres plantes viennent petit à petit lui contester son pouvoir, rodhiole et safran en tête, je vous promets de vous en parler à la rentrée.

Docteur Serge Rafal