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La dégelée de Ben & Jerry’s

Après décembre 2022, ce sera fini. Les pots de glaces au goût américain, ultra-sucrées, avec des morceaux de caramel, tranches de gâteau et autres fossiles de banane intégrés auront disparu des congélateurs de Judée Samarie et des quartiers est de Jérusalem. Ainsi en a décidé la direction de Ben & Jerry’s, qui a annoncé lundi sa décision de ne pas renouveler la licence d’exploitation de son distributeur israélien. « Nous pensons que la vente des produits Ben & Jerry’s en territoire palestinien occupé est incompatible avec nos valeurs » a indiqué la société américaine dans un post sur Twitter. « Nous entendons les préoccupations de nos fans et de nos fidèles partenaires » s’est encore justifié le glacier américain. Une manière élégante de reconnaitre que la société a capitulé sous l’offensive et le pilonnage incessant des réseaux sociaux de ces deux derniers mois. En fait, cela fait plus de dix ans que Ben & Jerry’s est dans le collimateur du BDS, le mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions qui milite pour le retrait économique de toutes les entreprises et institutions en lien avec Israël et ayant une présence même indirecte au-delà de la ligne Verte, mais cette fois, c’était apparemment le coup de grâce. Depuis la mi-mai, la société avait même cessé de communiquer sur ses comptes officiels, car ses pages étaient inondées de messages d’insultes postés par des militants du BDS.

Il faut dire que la société fondée par Ben Cohen et Jerry Greenfield, deux Juifs américains anciens hippies, est passée en 2000 dans le giron d’Unilever, le géant mondial de l’agroalimentaire, même si la société a su conserver son image d’engagement social et humanitaire. Quant à la commercialisation en Israël, elle bénéficiait jusqu’ici d’un statut particulier, puisque la société d’exploitation porte le nom de Ben & Jerry’s, produit en Israël même depuis 30 ans et dispose de la licence d’exploitation et de distribution de façon tout à fait autonome. Ce qui explique aussi l’importante présence médiatique du glacier en Israël, qui se comporte donc en tout point comme une société locale. Et son propriétaire, Avi Singer, avait toujours refusé de céder aux pressions de la maison mère américaine et continué à distribuer ses glaces y compris dans les implantations de Judée Samarie.

L’annonce du retrait de la marque en Israël, en tout cas sous sa forme actuelle, a évidemment provoqué un tollé. Le ministre des Affaires étrangères Yaïr Lapid, a dénoncé une « capitulation honteuse devant l’antisémitisme et le BDS », le Conseil des implantations de Judée Samarie une décision politique, qui va mettre des centaines de personnes au chômage.

Donc, paradoxalement, en Israël, il faudra continuer à consommer cette glace hypercalorique pour laisser au propriétaire israélien de la marque le temps de se reconvertir, de trouver un nouveau nom  et de nouvelles recettes et de conserver les emplois de  ses dizaines d’employés dans son usine du sud d’Israël. Bon. Si c’est pour une œuvre…

Pascale Zonszain