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Comment s’opposer aux antivax ? La chronique du docteur Serge Rafal

Nous avons vu lundi 19 juillet que le mouvement des antivax était protéiforme, qu’il avait commencé au XVIIIème siècle avec des motivations principalement religieuses, morales, politiques, corporatistes, sociétales. Les scientifiques ne lui ont pas accordé suffisamment d’attention, jugeant que cette attitude polémiste ne relevait pas ou qu’elle sortait de leur champ de compétences et qu’une argumentation rationnelle suffirait. Ils se sont aperçus trop tard que ça n’était pas du tout le cas et qu’il fallait absolument en tenir compte. Ils s’y mettent doucement.

Pas les opposants-militants mais les hésitants bien sûr, estimés à 40% de la population, surtout représentés chez les 24-35 ans. Et les atteindre par l’intermédiaire du médecin de famille qui constitue dans toutes les enquêtes la source d’information la plus crédible, beaucoup plus que les ARS, l’industrie pharmaceutique et évidemment les réseaux sociaux. 

Les professionnels de santé formellement opposés à la vaccination sont exceptionnels. Par contre certains, vous avez raison, sont hésitants : l’acceptation de la vaccination est de 90% chez les médecins, 65% chez les SF, 47% chez les infirmiers, 28% chez les aides-soignantes. La perception de la maladie est déterminante. Les médecins les plus jeunes n’ont pas l’expérience de la diphtérie, du tétanos, de la polio… dont ils ne mesurent donc pas les risques comme les plus anciens qui les ont connus ou côtoyés dans leur pratique. Quoi qu’il en soit, il leur faudra être vaccinés le 15 septembre, la décision vient d’être prise et annoncée.

Le recours à des pubs mensongères comme l’étude de Andrew Wakefield, chirurgien digestif qui avait décrit un lien jamais confirmé entre l’autisme et la vaccination anti ROR (rougeole, oreillons, rubéole) ; – Une toxicité imputée à tort au vaccin (hépatite B et SEP, HPV et cancer du col de l’utérus) ou à ses excipients (alu déclenchant une maladie d’Alzheimer) ; – Des photos-montages avec des légendes alarmistes ou dramatisées : « Je suis DCD d’un vaccin hexavalent » ; – De fausses études publiées dans des revues complices… et j’en passe. C’est souvent un discours ps-scientifique indiscutable sous couvert d’études scientifiques… ou l’inverse.

Ils se sont engouffrés dans les réseaux sociaux et y ont prospéré. Ils ne sont pas si nombreux qu’on l’imagine mais très actifs et très connectés aux indécis, repérés par leurs algorithmes, qu’ils matraquent des infos que nous venons de voir et parfois d’autres plus politisées ou plus farfelues encore (le vaccin contient et injecte une puce électronique ou la 5G). Ils envoient massivement des trolls polémiques et agressifs, parfois parodiques pour rendre leur message plus attractif. Et ils évoquent volontiers un complot bio-terroriste : virus sorti du labo P4 de Wuhan, immunité juridique accordée aux labos, brevets déposés avant l’apparition du virus, investissements importants inédits, participation de la fondation Bill Gates… Là aussi j’en passe. Les réseaux sociaux sont pour Etienne Klein, physicien, philosophe des sciences, cité par le Dr Jourdain : « une vaste polyphonie de l’insignifiance ».

– Contrôler la désinformation sans la négliger : révéler la tromperie dès qu’elle apparaît, démontrer l’absurdité de certaines thèses, faire preuve d’une rigueur scientifique sans concessions ; – Simplifier l’accès à la vaccination pour les patients et aux vaccins pour nous médecins de ville… ; – Et mieux communiquer. Mais là, il faut remettre en cause les modèles utilisés jusqu’à présent et rajouter de l’émotion comme par exemple la séquence de la grand-mère qui fête son anniversaire avec sa famille et qu’on aperçoit ensuite intubée sur un lit d’hôpital. – Je ne parle même pas de réguler les réseaux sociaux, vœu malheureusement totalement pieux. Tik Tok envisage d’ouvrir sur Internet un centre d’information sur les vaccins !!

La lutte contre les antivax est un combat indispensable puisque l’hésitation vaccinale constitue pour l’OMS une des 10 grandes menaces pour la santé. Et que celle-ci est bien présente chez nous malgré le million de rendez-vous pris après l’allocution du Président de la République. Tâchons déjà de convaincre les 20% de personnes à risques qui ne sont pas encore vaccinées et qui risquent de se retrouver en réa à la rentrée avec la quatrième vague.

Docteur Serge Rafal