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Stéphane Juffa sur Radio J : « On ne sait pas comment un conflit pourrait commencer avec le Hezbollah au Liban »

Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency, était l’invité de Christophe Dard ce lundi matin sur Radio J, à 7h45. Il est revenu sur la situation entre le Hezbollah et le Liban.

Israël commémorait il y a quelques jours le quinzième anniversaire de la seconde guerre contre le Liban qui a eu lieu en 2006. L’occasion pour le Premier ministre israélien Naftali Bennet de revenir sur les réalisations de l’Etat Juif, et notamment l’amélioration de ses capacités militaires au cours des quinze années qui se sont justement écoulées depuis le conflit. Dans un communiqué, Tsahal a quant à elle affirmé qu’en cas de guerre, le Hezbollah serait en mesure de tirer 1 000 à 3 000 roquettes et missiles contre Israël.  

D’après Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency, l’appréciation de Tsahal sur la menace que représente le Hezbollah est correcte. Toutefois, « elle ne tient pas compte de notre capacité de réaction. Si on laisse le Hezbollah faire, il a suffisamment de roquettes. […] Mais, ce n’est pas avec des roquettes qu’on gagne une guerre. En revanche, les missiles ont des systèmes de direction. Tsahal, jusqu’à maintenant, a fait tout ce qu’il a pu pour empêcher le Hezbollah de toucher des missiles envoyés par l’Iran ou modifiés au Liban. Ils n’en ont pas en grand nombre. Ils en ont quelques dizaines et ce n’est pas avec ça qu’ils vont battre le Hezbollah. […] On ne sait pas comment un conflit pourrait commencer avec le Hezbollah au Liban. En revanche, on sait comment il se terminerait : on ramènerait le Liban au temps des arcs et des flèches. »

Dans le même temps, à l’aide de photographies satellites et de vidéos, Tsahal a mis en avant un entrepôt d’armes qui appartiendrait au Hezbollah. Aujourd’hui, ce dernier utilise effectivement des structures civiles pour abriter ses activités militaires. Les rampes de lancement de roquettes et de missiles sont par exemple installées dans « des cours d’immeubles, dans des caves, en plein milieu de la population qui sert de bouclier humain ». Des roquettes se trouvent également non loin d’hôpitaux ou encore d’ambassades. « En cas de guerre, si des roquettes par centaines sont tirées à partir de ces positions, Tsahal, avec la précision nécessaire, va devoir oblitérer ses positions. Le but du Hezbollah est de montrer des images de carnage et le but de Tsahal et notre but est de limiter au maximum les dégâts collatéraux. »

En dehors du conflit avec Israël, le Liban n’a par ailleurs toujours pas de gouvernement. En fin de semaine dernière, Saad Hariri a en effet renoncé  à former un gouvernement en raison de désaccords avec le président Michel Aoun. Cette instabilité politique peut-elle favoriser le Hezbollah et, de facto, l’Iran ?

Pour Stéphane Juffa, la réponse est claire : « Oui, cela favorise le Hezbollah. Il y a un gouvernement au Liban mais ce n’est pas un gouvernement légitime. Celui qui a été élu et choisi est le gouvernement du Hezbollah. C’est le gouvernement de l’ombre. Le Hezbollah a ses propres réseaux de communication, que ce soit routier et au niveau des données. Il a ses propres banques et armes qui coûtent une fortune au Liban. C’est peut-être ça le problème. »

Et Stéphane Juffa poursuit : « Aujourd’hui, la livre libanaise s’échange à raison d’un dollar pour 20 000 livres libanaises, c’est-à-dire qu’elle ne vaut rien du tout. Le salaire minimum au Liban est de trente euros par mois. 50% des Libanais ne travaillent pas. Ils n’ont rien à manger et le cours officiel est de 3 500 livres libanaises. C’est le gouvernement qui est maintenu pour pouvoir apporter du mazout ou apporter les denrées nécessaires. Le gouvernement libanais n’a pas d’argent. Il limite ses importations. Le Hezbollah est moins touché que le reste du pays : il a ses structures et il dépend de l’Iran », qui ne peut toutefois pas aider massivement.

Le Liban est donc dans une situation catastrophique. Cela fait presque un an qu’a eu lieu l’explosion dans le port de Beyrouth. Il s’agit de la pire crise politique, économique, sanitaire et humanitaire de son histoire. Depuis des mois, ce sont des manifestations de colère qui se déroulent au Liban. Une situation à laquelle n’est pas resté insensible Israël, qui a proposé d’aider le Liban, comme le raconte Stéphane Juffa : « C’est un signal très fort qui a été envoyé au Hezbollah. Tout l’État-major de Tsahal, le ministre de la Défense, Benny Ganz et beaucoup d’autres personnes, n’ont pas eu peur de se réunir aussi près de la frontière […] On a discuté, on a envisagé les possibilités de développement avec le Liban. On a tous tendu la main. […] On a des surplus alimentaires, on a des surplus de médicaments. On leur a offert gratuitement de la nourriture, des médicaments, des biens de première nécessité. Parce que le Liban est prisonnier des intentions du Hezbollah, ils ont refusé cette aide, ils n’y ont même pas répondu. »

Les perspectives de nouvelles relations restent donc compliquées pour l’instant. La situation étant trop complexe avec le Hezbollah et surtout l’Iran, pour qui « c’est le cauchemar d’avoir des relations normales avec Israël. Mais, ce n’est pas compliqué au niveau de la population libanaise. […] Il n’y a aucune raison logique et objective pour que le Liban et Israël soient en guerre ».

Cécile Breton